The Fatal Flaw, deuxième album de Paris Paloma. Pochette officielle (Nettwerk Music Group).
Il y a des retours que l’on attend et d’autres qui s’imposent d’eux-mêmes. Celui de Paris Paloma appartient à la seconde catégorie. Le 4 septembre 2026, la chanteuse britannique a publié « The Fatal Flaw », son deuxième album, chez Nettwerk. Douze titres, une ambition assumée et une voix qui, en trois ans à peine, est passée du statut de révélation virale à celui d’une des autrices les plus scrutées de la nouvelle scène folk-pop anglaise.
De « Labour » au grand saut
Le grand public l’a découverte en 2023 avec « Labour », un titre devenu un hymne pour toute une génération : une charge feutrée contre la charge mentale et l’invisible travail domestique, propulsée par les réseaux avant d’atterrir dans les charts. Son premier album, « Cacophony » (2024), avait confirmé l’essai en installant un univers reconnaissable, entre folk celtique, arrangements de chambre et écriture littéraire. « The Fatal Flaw » est le disque de la confirmation : celui où l’on cesse de parler de promesse pour parler d’œuvre.

« Miyazaki », un manifeste en guise d’ouverture
L’album s’ouvre sur « Miyazaki », clin d’œil revendiqué au cinéaste japonais Hayao Miyazaki et véritable profession de foi. Dès les premiers mots — « I have something to say » (« J’ai quelque chose à dire ») — Paris Paloma pose le cadre : celui d’un besoin de créer présenté comme une nécessité vitale. Le clip officiel, réalisé par sa collaboratrice de longue date Georgie Cowan-Turner, la montre en soldate fuyant une silhouette menaçante que l’on ne distingue jamais tout à fait — image parfaite d’un album qui parle sans cesse de ce qui nous pousse et de ce qui nous poursuit.

Un disque qui fait de l’amour une matière
Sur le papier, « The Fatal Flaw » raconte une seule chose : l’amour. Mais Paris Paloma en explore toutes les faces, de l’amour comme art à l’amour sous le patriarcat, jusqu’à l’amour comme geste politique et radical. Le résultat n’a rien d’un journal intime murmuré : la production, ample et cinématographique, empile les couches de cordes, de chœurs et de guitares acoustiques pour bâtir des morceaux qui respirent la scène plus que la chambre. La critique anglo-saxonne a salué un album « viscéral », porté par une écriture au scalpel qui parvient à rester vulnérable sans jamais se diluer.
Au fil des douze titres, un mot revient comme un fil rouge : celui du « devenir ». L’album décrit une trajectoire, celle d’une femme et d’une artiste qui se construit par la création elle-même, la résistance passant ici par le fait de faire œuvre plutôt que par la posture. On y entend des ballades nues comme des morceaux à la théâtralité assumée, des références à la mythologie et à la nature, et cette obsession pour l’écriture qui a toujours distingué Paris Paloma des simples phénomènes de plateforme. Rien d’étonnant : avant même « Labour », elle écrivait déjà des chansons pour d’autres, et cette rigueur de plume irrigue chaque couplet.
C’est peut-être là la vraie réussite du disque : refuser le confort du tube reproductible pour assumer une œuvre de bout en bout, avec ses climax orchestraux et ses passages plus âpres. Là où beaucoup de secondes tentatives cherchent à rassurer, celle-ci pousse le curseur. On retrouve la filiation avec les grandes voix féminines de l’indie contemporain, de la mélancolie à fleur de peau d’une Phoebe Bridgers à l’écriture frontale d’une génération qui a grandi en public.
Une rentrée britannique chargée
La sortie de « The Fatal Flaw » tombe dans un automne particulièrement dense pour la scène britannique, entre têtes d’affiche de festivals et retours attendus — de quoi rappeler que le Royaume-Uni reste un formidable pourvoyeur de voix singulières, comme l’a montré cet été la programmation de Reading & Leeds. Paris Paloma, elle, embarque son deuxième album sur la route dès l’automne. À vingt-six ans, elle n’est plus la révélation d’un titre : elle est en train de devenir une artiste dont on suivra chaque disque.
