The Avalanches, photo de presse (credit Dean Podmore)
Six ans après « We Will Always Love You », The Avalanches reviennent avec « No Bad Memories », un quatrième album sorti le 16 octobre chez Modular Recordings. Le duo australien y pousse plus loin que jamais son art du collage sonore, en transformant des jingles publicitaires et des sons d’enfance en trente et un morceaux de pop joyeuse et vertigineuse.
Le concept tient en une phrase du groupe lui-même : une époque du marketing à la fois éblouissante et qui vendait « un rêve totalement inaccessible ». The Avalanches ont puisé dans leurs souvenirs de jingles et de publicités pour en faire, selon leurs mots, « notre propre version de la pop music joyeuse ». Le résultat assume pleinement la démesure : trente et un titres, construits comme un flux ininterrompu d’échantillons détournés.
Depuis leur formation à Melbourne à la fin des années 1990, Robbie Chater et Tony Di Blasi ont bâti toute l’identité de The Avalanches sur cette logique du collage. Leur premier album, « Since I Left You » (2000), construit à partir de plus de 3 500 échantillons, avait fait d’eux des pionniers du genre plunderphonics. Il aura fallu attendre seize ans pour un deuxième disque, « Wildflower » (2016), puis quatre ans de plus pour « We Will Always Love You » (2020), qui réunissait déjà des invités aussi divers que Leon Bridges, Rivers Cuomo ou Johnny Marr. « No Bad Memories » s’inscrit dans cette même philosophie, mais en changeant de matière première : plus que la soul ou le disco de leurs débuts, ce sont les codes sonores de la publicité et des interfaces numériques des années 1990 et 2000 qui nourrissent l’album.

Un casting d’invités impressionnant
Comme à chaque disque, The Avalanches s’entourent d’un casting hétéroclite. « No Bad Memories » réunit notamment Karen O, Jamie xx, Jessy Lanza, Nikki Nair et Prentiss. Le dernier single en date, « Can’t Get Over Losing You », met en lumière Portraits of Tracy, productrice et multi-instrumentiste autodidacte originaire de Baton Rouge, en Louisiane. Le titre a été précédé de trois autres extraits : « Together », « Every Single Weekend » (avec Jamie xx) et « Blue Shadows » (avec Karen O).
La pochette, signée Jonathan Zawada — également réalisateur du visualiseur de « Can’t Get Over Losing You » —, illustre bien l’esprit du projet : des personnages cartoon en forme d’iPod et de disquette, posés sur un fond blanc immaculé, entre nostalgie technologique et ironie pop.

Un accueil critique partagé entre fascination et vertige
Les premiers retours sont contrastés, mais jamais indifférents. Les critiques saluent dans l’ensemble la capacité du groupe à surprendre, plus de deux décennies après ses débuts, tout en s’interrogeant sur la digestibilité d’un format aussi dense :
- Le disque est décrit comme fou, joyeux et totalement absorbant, la preuve que le groupe garde intacte sa capacité à surprendre plus de vingt ans après ses débuts.
- D’autres y voient un collage hyperactif de centaines d’échantillons, reflet du trop-plein numérique contemporain revisité à travers les rêves commerciaux d’hier.
- Les avis les plus mitigés pointent un disque maniaque, qui change constamment de ton, au point que ses élans les plus solaires frôlent parfois le name-dropping publicitaire plutôt que la critique.
- Un format de trente et un titres jugé aussi fascinant qu’épuisant selon les écoutes.
Ce grand écart critique n’est pas une surprise pour un groupe dont le principe fondateur reste l’accumulation : depuis « Since I Left You » en 2000, The Avalanches ont toujours préféré la saturation du collage à l’épure. « No Bad Memories » ne fait pas exception, avec un nombre de titres qui a doublé par rapport à leurs albums précédents.

Avec ce retour, The Avalanches confirment qu’ils restent l’un des projets les plus singuliers de la pop électronique contemporaine, capables de faire danser sur les ruines recyclées de la culture publicitaire des années 1990 et 2000.