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Pochette I Think I Spoke Too Soon, Rachel Chinouriri

Deux ans après un premier album remarqué, « What A Devastating Turn Of Events », la Londonienne Rachel Chinouriri revient avec « I Think I Spoke Too Soon », sorti le 16 octobre chez Parlophone et Atlas Artists. Le disque raconte, de bout en bout, une seule et même soirée : celle où la façade de « party girl » commence à se fissurer, laissant transparaître un malaise plus profond face à l’alcool, à l’amour et à elle-même.

Le virage est net. Là où son premier disque évoluait dans une veine indie-pop mélancolique, Rachel Chinouriri assume ici un son résolument tourné vers la piste de danse, nourri par Madonna, Kylie Minogue, LCD Soundsystem, MGMT, Donna Summer ou encore Prince. Un choix qui s’inscrit dans un mouvement plus large de cette année 2026 : celui d’artistes pop qui retournent vers le dancefloor après plusieurs années de ballades introspectives. Mais chez Chinouriri, la fête n’est jamais un simple décor : c’est le terrain d’une tension intérieure permanente, un équilibre tenu sur un fil entre rythmes entraînants et textes à vif.

Pochette de l'album I Think I Spoke Too Soon

Une écriture entre défense, autodérision et vulnérabilité

Composé et enregistré entre Londres, Hereford et Los Angeles, l’album réunit les fidèles de l’artiste — apob, Mary Weitz, Glen Roberts, Daniel Hylton-Nuamah — aux côtés de nouvelles collaborations marquantes, dont celle avec Lucy Dacus. Les critiques anglo-saxonnes ont salué une écriture à la fois défensive, autodérisoire et vulnérable, capable de donner furieusement envie de danser tout en traitant de sujets qui ne le sont pas franchement.

Originaire de Croydon, dans le sud de Londres, Rachel Chinouriri s’était fait un nom en 2024 avec son premier album, « What A Devastating Turn Of Events », bien accueilli par la critique et entré dans le top 20 des ventes au Royaume-Uni. L’artiste avait aussi gagné en visibilité après un coup de projecteur inattendu d’Adele, qui avait publiquement salué son travail. Deux ans plus tard, « I Think I Spoke Too Soon » confirme cette trajectoire ascendante : la presse musicale britannique qualifie le disque de version la plus aboutie et la plus assumée de son style, quand Clash salue un disque qui capture une artiste pleinement reconnectée avec son identité.

L’ouverture, « One Song Away From Crying », premier single dévoilé fin juillet, pose le décor sur un beat disco étouffé : le moment précis où l’on sait qu’il faudrait rentrer, sans parvenir à s’y résoudre. Plus loin, « AAAHHH!!! » tranche par sa légèreté, ode amoureuse et joyeuse qui lorgne du côté de la pop solaire des Kooks. À l’inverse, « Parasite », le titre le plus sombre du disque, revient sur une relation toxique et une consommation d’alcool qui déborde, tandis que « The Good Fight » renoue avec des guitares plus rock pour raconter l’anxiété du lendemain de soirée. L’album se referme sur « Crash This Car », conclusion plus optimiste et cathartique après ces montagnes russes émotionnelles.

« Pretty Girls » : l’hymne revendicatif de l’album

Deuxième titre du disque, « Pretty Girls » en est aussi le morceau le plus fédérateur. Rachel Chinouriri le décrit elle-même comme un hymne pour toutes les femmes qui veulent exprimer qui elles sont, sans craindre d’être jugées. Porté par des couplets planants et un refrain immédiatement mémorisable, le morceau a été accompagné d’un clip réalisé par Dora Paphides au moment de la sortie de l’album, et incarne la montée d’énergie qui suit l’ouverture plus timide du disque.

« Broken Chair » : le sommet du disque

Troisième single extrait de l’album, « Broken Chair » a été écrit à Los Angeles avec la complicité de Lucy Dacus. Le titre plonge l’auditeur en pleine soirée, quand la fête devient un mécanisme pour fuir autre chose. Porté par une ligne de synthé façon trompette et une batterie marquée par le cowbell, le morceau est unanimement cité par la critique anglo-saxonne comme l’un des plus réussis du disque, avec un refrain d’une redoutable efficacité qui résume à lui seul le pari de l’album : faire danser sur des textes qui, eux, ne dansent pas du tout.

Rachel Chinouriri

La tracklist complète

  • One Song Away From Crying
  • Pretty Girls
  • Baby Steps
  • Favourite Desperation
  • I’m A Star
  • AAAHHH!!!
  • Broken Chair
  • Shiver
  • Make Believe
  • Parasite
  • The Good Fight
  • Crash This Car

Tous les titres ne se valent pas : « Make Believe », deuxième single sorti en septembre, est par exemple jugé moins abouti par une partie de la critique, son écriture pourtant pleine d’esprit se trouvant noyée dans un chant trop murmuré. Entre les deux sommets que sont « Pretty Girls » et « Broken Chair », le reste du disque tient la route sans faiblir : « Baby Steps » et « Favourite Desperation » maintiennent la tension entre vulnérabilité et rythme, « I’m A Star » assume une forme d’ironie sur l’image que renvoie la scène, et « Shiver » ménage une respiration plus intimiste avant que « Parasite » ne vienne assombrir le tableau.

Pris dans son ensemble, « I Think I Spoke Too Soon » tient son pari : une pop dansante qui ne perd jamais de vue la tension qui l’habite, entre un dancefloor qui promet d’oublier et une tête qui, elle, n’oublie rien. C’est précisément cet équilibre, entre énergie de surface et malaise de fond, qui distingue ce deuxième album d’un simple exercice de style pop.

Avec ce deuxième album, Rachel Chinouriri confirme sa place parmi les voix pop britanniques les plus attachantes de sa génération, capable de transformer une soirée ordinaire en matière à chronique existentielle, sans jamais sacrifier l’efficacité du refrain.