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XL Recordings

Fontaines D.C. a publié ce vendredi « Dopamine Chamber », son cinquième album studio, via XL Recordings. Le groupe irlandais, révélé en 2019 par un post-punk nerveux et littéraire, change une nouvelle fois de direction : place à une production plus électronique, plus cinématographique, construite avec James Ford, déjà aux manettes de « Romance » en 2024.

Un disque sur le plaisir qui se dérègle

Le chanteur Grian Chatten a présenté « Dopamine Chamber » comme un album sur la façon dont le plaisir se déforme dans un monde traversé par l’effondrement climatique, la violence politique et la montée de l’intelligence artificielle. Onze titres composent le disque, de « Six Shot Morning » en ouverture jusqu’à « Intimate » en clôture, en passant par « Marianne », premier extrait dévoilé cet été et inspiré en partie par la série « Ripley ».

Le virage sonore est net : guitares reléguées au second plan, synthétiseurs et samples mis en avant, ambiance tantôt lumineuse, tantôt franchement macabre. Plusieurs médias britanniques évoquent un groupe qui plonge dans l’électronique, le cinématographique et une forme de gothique feutré, loin des éclats post-punk qui avaient fait sa réputation sur « Dogrel » puis « A Hero’s Death ».

Rosalía, premier featuring de l’histoire du groupe

La vraie surprise de « Dopamine Chamber » se trouve sur « Where Is Gone? », morceau qui réunit pour la première fois Fontaines D.C. et un artiste invité : Rosalía. En plus de quinze ans de carrière cumulée depuis la formation du groupe à Dublin, celui-ci n’avait jamais ouvert un disque à une voix extérieure. Ce choix confirme l’ambition affichée dès l’annonce de l’album : sortir de sa zone de confort plutôt que de reproduire une formule qui avait pourtant hissé « Romance » à la deuxième place des charts britanniques en 2024.

Image extraite du clip officiel de Marianne par Fontaines D.C.
Image extraite du clip officiel de « Marianne », réalisé par Dave Meyers — Fontaines D.C. / XL Recordings

Ce que la critique en retient

L’accueil critique est globalement favorable, avec une réserve qui revient souvent : le rythme. L’Irish Examiner salue un disque à cinq étoiles, qu’il décrit comme le plus cohérent et le plus assuré du groupe à ce jour. D’autres titres de la presse britannique saluent un disque séduisant, dont la beauté rend le vide émotionnel qu’il explore plus troublant encore, tout en pointant des plages plus lentes qui peuvent sembler pesantes sur la durée de l’écoute.

  • Production signée James Ford, déjà derrière « Romance » et des albums d’Arctic Monkeys ou Depeche Mode
  • Onze titres, dont le featuring inédit avec Rosalía sur « Where Is Gone? »
  • Premier extrait : « Marianne », vidéo réalisée par Dave Meyers

Direction Slane Castle en 2027

La sortie de l’album s’accompagne d’une annonce de tournée, avec un concert événement prévu au château de Slane, en Irlande, en 2027 : un retour au pays en très grande salle pour un groupe qui jouait encore dans de petites salles dublinoises il y a moins de dix ans. De quoi confirmer que Fontaines D.C. a définitivement basculé dans la catégorie des groupes capables de remplir les plus grandes scènes européennes, tout en continuant à prendre des risques artistiques sur disque. Le groupe avait déjà dévoilé ce featuring avec Rosalía quelques semaines avant la sortie complète de l’album.

Cette trajectoire illustre un basculement plus large pour Fontaines D.C. : celui d’un groupe de clubs devenu tête d’affiche de festival sans jamais renoncer à bousculer sa propre formule. Depuis « Dogrel » en 2019, le quintet dublinois a changé de peau à chaque disque, passant d’un post-punk littéraire nourri de poésie irlandaise à des productions de plus en plus larges, jusqu’à ce virage électronique assumé sur « Dopamine Chamber ». Une trajectoire qui rappelle, toutes proportions gardées, celle d’autres groupes britanniques et irlandais capables de remplir des stades sans renier leurs racines indépendantes.

Pour le public francophone qui découvre le groupe avec ce cinquième album, « Dopamine Chamber » constitue un point d’entrée à part : moins immédiatement abrasif que leurs débuts, mais tout aussi habité, porté par la voix reconnaissable entre mille de Grian Chatten. De quoi confirmer, un disque après l’autre, que Fontaines D.C. compte parmi les groupes les plus suivis de la scène indépendante européenne de cette décennie.