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Dans l’imaginaire commun, notoriété rime avec réussite financière. En musique, la relation est beaucoup plus lâche qu’on ne le croit. Un grand nombre de professionnels vivent confortablement de leur art sans que le public connaisse leur nom — et ils occupent des marchés nettement moins encombrés que celui de la tête d’affiche.

D’où vient la croyance

Il est vrai qu’un grand nombre de musiciens célèbres ont pu, par leur travail, mettre leur famille à l’abri pour plusieurs générations. Ce sont ces trajectoires que l’on raconte, parce qu’elles sont spectaculaires et parce que le nom fait partie de l’histoire.

Le biais est évident une fois nommé : on n’écrit jamais d’article sur le compositeur qui a signé l’habillage sonore d’une chaîne de télévision et qui touche des droits chaque fois que le générique passe. Il gagne pourtant très correctement sa vie, depuis longtemps, sans rien devoir à sa notoriété.

Ce que le public ne voit pas

Les revenus de la musique : la partie visible et le restece que le public voitCarrièresous son nomMusique à l’imagecinéma, documentaire, publicitéHabillage et institutionneltélévision, radio, marques, muséesScène et jeu vidéothéâtre, danse, cirque, studios de jeuAccompagnementsessions, tournées, arrangementsMême régime de droits d’auteur, concurrence sans commune mesure
La partie émergée n’est pas la plus rémunératrice, elle est la plus disputée. Les métiers immergés relèvent des mêmes mécanismes de droits d’auteur, mais s’adressent à des commanditaires qui cherchent une compétence, pas une notoriété.

Deux grandes familles de « travailleurs de l’ombre » coexistent, avec des logiques différentes.

La première œuvre auprès des artistes : écrire des chansons pour d’autres, arranger, produire, accompagner sur scène ou en studio. On y entre par la compétence et par le réseau, et le nom apparaît dans les crédits — ce qui alimente d’ailleurs la boucle décrite dans votre musique est votre carte de visite.

La seconde travaille pour des secteurs qu’on pourrait qualifier d’utilitaires, et le mot n’a rien de péjoratif : institutionnel, théâtre, habillage télévisuel, cinéma, documentaire, défilé de mode, jeu vidéo, jingle radio. Ces musiques sont entendues massivement, sans que personne ne cherche qui les a écrites — et elles génèrent des droits d’auteur exactement comme les autres.

Pourquoi ces places sont plus accessibles

Trois raisons structurelles, indépendantes de votre talent.

  • La concurrence y est plus faible. La majorité des musiciens vise la tête d’affiche. Mécaniquement, les autres postes sont moins disputés.
  • Le commanditaire cherche autre chose. Un réalisateur ou un directeur artistique ne recrute pas une audience : il recrute quelqu’un capable de livrer la bonne musique dans les délais. Votre nombre d’abonnés ne l’intéresse pas.
  • Vous êtes moins exposé aux effets de mode. Une carrière publique repose sur une actualité permanente ; une carrière de l’ombre repose sur une réputation professionnelle, qui vieillit beaucoup mieux.

Il faut ajouter un avantage qui ne se mesure pas en euros : loin des obligations médiatiques, vous avez plus de temps pour faire de la musique. Ce n’est pas un détail quand c’est précisément la raison pour laquelle on a choisi ce métier.

Ce que j’ai vu passer en régie

Sur les plateaux et dans les studios où j’ai travaillé, les musiciens les plus solides financièrement n’étaient presque jamais ceux dont le public connaissait le nom. C’étaient les accompagnateurs qui enchaînaient les tournées, les arrangeurs qu’on rappelait chaque année, les compositeurs qui livraient de l’habillage entre deux projets personnels. Leur point commun n’était pas le talent — il était partagé — mais la fiabilité : ils rendaient à l’heure, ils comprenaient la commande, et on savait à quoi s’attendre en les appelant.

Comment y entrer

Il n’y a pas de guichet. Il y a des habitudes qui, cumulées, font qu’on finit par vous appeler.

  • Ayez des exemples montrables, par usage. Pas un album : trois minutes de musique de documentaire, un générique, une nappe pour une scène. Le commanditaire doit s’entendre lui-même dans votre extrait. C’est exactement ce que permet la démarche décrite dans multipliez les formes.
  • Acceptez les petits projets d’abord. Un court-métrage d’école, une pièce en création, un podcast — comme expliqué dans proposez vos services pour vous faire connaître.
  • Déclarez vos œuvres. Les droits d’auteur ne se collectent que si vos musiques sont déclarées auprès de votre société de gestion, avec les bonnes informations de diffusion. C’est administratif, ennuyeux, et c’est là que se joue la rémunération.
  • Soyez joignable et fiable. Dans ces métiers, la fiabilité vaut autant que le niveau. Un compositeur brillant injoignable est un compositeur qu’on n’appelle plus.

Ce que dit la vidéo

La vidéo ci-dessus revient sur cette idée reçue selon laquelle il faudrait être connu pour vivre de la musique. J’y détaille les deux familles de métiers de l’ombre — auprès des artistes d’un côté, dans les secteurs utilitaires de l’autre — et je souligne un point que les musiciens sous-estiment : ces professionnels sont souvent des références dans leur milieu, sans l’être auprès du grand public. Viser une carrière dans l’ombre n’est pas un renoncement, c’est un positionnement.

Questions fréquentes

Est-ce qu’on gagne vraiment bien sa vie ?
Cela varie énormément selon les secteurs, le volume de diffusion et la régularité des commandes. Ce qui est structurellement vrai, c’est que ces revenus sont plus réguliers et moins dépendants d’un succès ponctuel qu’une carrière d’artiste. Pour des ordres de grandeur, rapprochez-vous de votre société de gestion de droits.
Peut-on mener les deux de front ?
C’est même la configuration la plus fréquente. Le travail de commande finance le temps consacré au projet personnel, et le projet personnel sert de vitrine pour obtenir des commandes. Le point de vigilance est de ne pas laisser le premier absorber tout le second.
Faut-il un agent ?
Pas au début, et personne ne représentera un catalogue vide. L’agent devient utile quand vous avez déjà des références et que la négociation vous coûte du temps de création.
Est-ce que ça marche pour un instrumentiste, pas seulement un compositeur ?
Oui, c’est même l’un des chemins les plus directs : l’accompagnement de scène et de studio est un marché constant. Reste à être vu jouer, ce qui suppose d’être là où l’on joue.

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