On ne l’attendait plus vraiment sur ce terrain. Le 29 juillet, Tony Iommi, guitariste et cofondateur de Black Sabbath, a annoncé From the Dark, son tout premier album solo depuis Fused en 2005. Pour l’accompagner, l’Anglais a dévoilé un premier extrait, World Alone, et son clip. Un retour aussi inattendu que chargé de sens.

    Un premier album solo en vingt et un ans

    Architecte du riff moderne, Tony Iommi n’avait plus signé de disque solo depuis Fused, en 2005. Plus frappant encore : From the Dark constitue sa première musique studio, tous projets confondus, depuis 13, l’ultime album de Black Sabbath paru en 2013. Autant dire que l’annonce d’un disque en son nom propre a de quoi surprendre celles et ceux qui imaginaient le guitariste rangé des amplis.

    From the Dark paraîtra le 23 octobre via BMG. Sa présentation a pris la forme d’un événement diffusé en direct depuis Birmingham, la ville où tout a commencé pour le musicien. Une manière d’ancrer ce nouveau chapitre là où s’est écrite, il y a plus d’un demi-siècle, la partition fondatrice du heavy metal — ces riffs lourds et graves dont on oublie parfois qu’ils doivent beaucoup à un accident. Adolescent, Iommi perdit le bout de deux doigts dans une usine ; les prothèses de fortune qu’il se fabriqua le poussèrent à détendre ses cordes et à inventer un jeu reconnaissable entre mille.

    Tony Iommi en concert
    Tony Iommi — Photo : Shane Hirschman (CC BY-SA 2.0)

    « World Alone », un premier extrait taillé pour la scène

    Le morceau ne cherche pas la demi-mesure. World Alone avance sur une cascade de riffs et de soli, porté par une section rythmique nerveuse et surmonté par la voix puissante du chanteur norvégien Jørn Lande, figure du metal mélodique européen. Autour d’eux, la bassiste Becky Baldwin et le batteur Karl Brazil complètent un dispositif conçu pour sonner large. Iommi a coproduit l’ensemble avec son collaborateur de longue date Mike Exeter.

    Le clip prolonge cette ambition : il déroule un univers rétrofuturiste et dystopique où un personnage baptisé « The Believer » se retrouve projeté dans un jeu vidéo inquiétant, contraint d’en franchir les niveaux pour sauver sa peau. Une imagerie sombre qui colle au titre de l’album et à la teinte générale du projet.

    Tony Iommi guitare
    Tony Iommi — Photo : Marek Krajcer (CC BY-SA 3.0)

    Le premier geste musical depuis la disparition d’Ozzy Osbourne

    Ce retour a une résonance particulière : il s’agit de la première musique publiée par Tony Iommi depuis la mort d’Ozzy Osbourne, son frère d’armes de toujours et voix emblématique de Black Sabbath. Après les adieux du groupe, on aurait pu imaginer le guitariste ranger définitivement ses amplis. C’est l’inverse qui se produit : plutôt que de refermer le livre, Iommi choisit d’en ouvrir un nouveau, seul cette fois à tenir la barre.

    Sur From the Dark, Jørn Lande ne se contente pas de chanter : il cosigne l’écriture de l’ensemble des titres, ce qui installe une véritable collaboration artistique plutôt qu’un simple album de featuring. De quoi laisser entrevoir un disque construit d’un seul geste, et non assemblé pièce par pièce.

    Tony Iommi sur scene
    Tony Iommi — Photo : Adam Bielawski (CC BY-SA 3.0)

    Un été de retours pour les figures du rock

    Le geste d’Iommi s’inscrit dans une séquence où les vétérans reprennent la lumière. Cet été aura déjà vu le retour des Strokes comme le nouvel album de Nickelback, preuve que les grandes signatures du rock n’ont pas dit leur dernier mot. Le cas Iommi se distingue toutefois par sa charge symbolique : il ne s’agit pas seulement d’une sortie de plus, mais du premier pas d’un musicien de 78 ans qui, après la fin d’un cycle, décide de repartir de l’avant.

    Rendez-vous le 23 octobre

    En attendant l’album complet, World Alone fait office de déclaration d’intention : dense, direct, sans nostalgie mal placée. Le clip est à découvrir ci-dessous, et donne le ton d’un From the Dark que l’on suivra de près à sa parution, le 23 octobre.

    Simon Janvier

    J'aime la musique, toutes les musiques. Je profite donc de mes interventions sur ce blog pour partager avec vous l'histoire de titres qui m'ont marqué. Mes critères de choix sont l'émotion, la singularité ou les conditions particulières de l'enregistrement.