On l’avait quitté en 2024 avec No Name, sorti presque en douce et salué comme l’un de ses meilleurs disques solo. Jack White remet le couvert à peine deux ans plus tard avec Frozen Charlotte, septième album solo paru le 10 juillet 2026 sur son label Third Man Records. Autoproduit et enregistré à Nashville, il acte une première dans la carrière du guitariste : pour la toute première fois, il grave deux albums solo consécutifs avec le même groupe — le bassiste Dominic Davis et le batteur Patrick Keeler, déjà présents sur No Name. On vous annonçait sa sortie surprise il y a quelques semaines ; place désormais à l’écoute.

Le résultat ? Un disque fidèle à l’ADN de son auteur : bluesy, granuleux, traversé de riffs lourds et d’un sens du récit qui n’a jamais quitté White depuis l’époque des White Stripes. Là où beaucoup de vétérans s’assagissent, lui garde le pied sur la distorsion.
Un album né d’un accident… et d’une poupée
L’histoire de la pochette vaut à elle seule le détour, et elle en dit long sur la démarche. Tout serait parti d’un accident d’atelier : une statuette en plâtre des années 1940, représentant un marin, se serait brisée en tombant. Plutôt que de la jeter, White aurait récupéré une percussion en forme de crâne bleu qui traînait, l’aurait collée à la place de la tête, puis peint le corps en blanc. Ainsi serait né le personnage baptisé « Frozen Charlotte », en référence à ces poupées de porcelaine inspirées d’une vieille ballade folklorique — celle d’une jeune fille morte de froid.

Fidèle à son goût pour le bricolage et l’objet unique, White a poussé l’idée jusqu’au bout : il a scanné puis imprimé en 3D plusieurs versions de la figurine, dont une déclinaison chromée surnommée le « Frozen Charlatan » — titre alternatif du disque et clin d’œil ironique. La démarche, exposée dans le cadre d’une installation à Londres, résume assez bien la méthode Jack White : partir d’un rebut, en faire une œuvre, et refuser la ligne droite.
« G.O.D. and the Broken Ribs » : l’entrée en matière
Placé en ouverture et choisi comme premier single, « G.O.D. and the Broken Ribs » condense tout ce que l’album a à offrir : une charge électrique frontale, un chant habité et une mise en scène soignée jusque dans son clip. C’est le morceau qui plante le décor et pose la promesse — celle d’un rock qui ne s’excuse pas.
« Derecho Demonico » : la tension qui monte
Deuxième single, « Derecho Demonico » emprunte un chemin plus trouble. Le titre joue sur les ruptures et les montées de tension, avec cette manière très White de faire cohabiter le blues le plus âpre et une urgence quasi garage. Un morceau qui confirme que l’album ne cherche jamais le confort.
Treize titres, une seule direction
Sur la longueur, Frozen Charlotte déroule treize morceaux sans temps mort, du fiévreux « Dollar Bill » — troisième extrait — au conclusif « Neighbors Blues ». La cohérence prime : c’est un disque qui s’écoute d’un bloc, comme une session captée à chaud.
- G.O.D. and the Broken Ribs
- Derecho Demonico
- There’s Nobody There
- Raising the Grain
- You’ll Never Fix Me
- Nobody Knows
- Dollar Bill
- I Can’t Believe What I’m Hearing
- Thick as Thieves
- All Alone Again
- She’s in a Frenzy
- Making Contact
- Neighbors Blues
Pour se faire une idée d’ensemble, le mieux reste encore de le prendre en entier :
Le disque à garder
À l’arrivée, Frozen Charlotte a été accueilli avec les honneurs par la critique et s’est classé parmi les meilleures ventes indépendantes, tout en s’invitant dans le haut des classements américain et britannique. Mais ce n’est pas là que se joue son intérêt. Ce qui frappe, c’est la constance : à un moment où les grands noms du rock se comptent sur les doigts d’une main — les Rolling Stones en tête —, Jack White continue d’écrire au présent, sans nostalgie et sans filet. Le disque à garder de cette semaine, tout simplement.




