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Pochette officielle — Partisan Records

Il aura suffi de quelques années pour qu’Ezra Collective passe du statut de grande promesse du jazz londonien à celui de groupe que toute l’Angleterre s’arrache. Le 11 septembre 2026, le quintet a publié « Here Because of Hope », son quatrième album, chez Partisan Records : dix-sept titres pensés comme un seul grand récit, où le jazz se mêle à l’afrobeat, au reggae, au calypso et au hip-hop. Un disque ambitieux, généreux, et sans doute le plus personnel de leur carrière.

Un quintet londonien devenu un phénomène national

Formé en 2016 dans le sillage du programme Tomorrow’s Warriors, Ezra Collective réunit le batteur et meneur Femi Koleoso, son frère TJ Koleoso à la basse, Joe Armon-Jones aux claviers, Ife Ogunjobi à la trompette et James Mollison au saxophone ténor. En 2023, le groupe est devenu le premier artiste de jazz à remporter le Mercury Prize, la récompense la plus scrutée du Royaume-Uni, pour l’album « Where I’m Meant to Be ». Deux ans plus tard, nouvelle première : les voilà sacrés groupe de l’année aux BRIT Awards, là encore du jamais-vu pour une formation de jazz. Entre-temps, Barack Obama avait glissé leur titre « God Gave Me Feet for Dancing » dans sa sélection de morceaux préférés de 2024. De quoi installer durablement un groupe que la presse britannique décrit désormais comme l’un des plus importants du pays. Des petites salles de jazz de la capitale aux grandes scènes de Glastonbury, leur réputation s’est bâtie d’abord sur scène, dans cette manière bien à eux de transformer un concert en fête collective.

Ezra Collective et Pa Salieu dans le clip Only Love tourné à Lagos

Un disque en trois mouvements, de l’Afrique à Londres

« Here Because of Hope » ne s’écoute pas comme une simple succession de morceaux. L’album est conçu comme un voyage en trois mouvements, qui suit le déplacement des populations noires d’un continent à l’autre : des musiques d’Afrique aux rythmes des Caraïbes, jusqu’aux rues de Londres où le groupe a grandi. Trois interludes parlés, confiés à la comédienne Letitia Wright, relient ces chapitres et donnent au disque son souffle de fresque. La suite de « Dance, No One’s Watching » (2024) assume ainsi une dimension plus spirituelle, sans rien perdre de l’énergie de dancefloor qui a fait la réputation scénique du groupe.

Les invités prolongent cette cartographie des diasporas : le rappeur britannique Pa Salieu, la chanteuse jamaïcaine Lila Iké, la voix soul de Leona Lewis et l’artiste Libianca viennent chacun poser leur empreinte sur un morceau. Les collaborations ne sont jamais des pièces rapportées : elles s’intègrent au récit, comme autant d’escales sur la route tracée par la musique. C’est aussi ce qui rapproche Ezra Collective d’une autre figure de la scène britannique, Jorja Smith, ou de la veine soul explorée récemment par Erykah Badu et The Alchemist.

« Only Love », la joie comme ligne de conduite

Le premier extrait, « Only Love » en compagnie de Pa Salieu, avait donné le ton dès le printemps. Porté par des cuivres solaires et un groove irrésistible, le morceau a été mis en images par un clip tourné à Lagos, au Nigeria, qui célèbre le mouvement et la communauté. On y retrouve ce qui fait la signature d’Ezra Collective : une musique savante qui ne se prend jamais au sérieux au point d’oublier de faire danser, et qui puise sans complexe dans l’héritage de Fela Kuti comme dans le rap de Londres.

Avec « Here Because of Hope », le groupe confirme qu’il n’a pas fini d’élargir le public du jazz, bien au-delà des cercles d’initiés. C’est un disque qui parle de racines, de résilience et d’espoir — le titre ne ment pas — et qui, de festival en festival, devrait continuer à faire d’Ezra Collective l’un des groupes les plus réjouissants à voir sur scène aujourd’hui.