Ils avaient rouvert le chantier avec Hackney Diamonds en 2023, après presque deux décennies sans album de compositions inédites. Les Rolling Stones enchaînent aujourd’hui plus vite qu’on ne l’aurait cru : leur vingt-cinquième album studio, Foreign Tongues, sort le 10 juillet 2026. Quatorze titres, une pluie d’invités prestigieux, deux reprises inattendues et un dernier salut à Charlie Watts : voici ce qui vous attend.

    Un vingt-cinquième album qui n’a rien d’un tour d’honneur

    À plus de quatre-vingts ans, Mick Jagger, Keith Richards et Ronnie Wood auraient pu se contenter de faire tourner leur répertoire dans les stades. Foreign Tongues prouve le contraire. Produit par Andrew Watt, le faiseur de hits qui avait déjà remis les Stones en mouvement sur Hackney Diamonds, l’album affiche une bonne heure de musique (62 minutes) et un appétit de studio intact. Les sessions se sont étalées sur plusieurs années — 2019, 2021, puis 2022-2023 et enfin 2025-2026 — entre les Henson Recording Studios de Los Angeles et les Metropolis Studios de Londres.

    Le titre, Foreign Tongues (« langues étrangères »), a d’ailleurs donné lieu à un jeu de piste amusant : le groupe a d’abord dévoilé sa liste de titres traduite dans plusieurs langues, forçant les fans à décrypter l’ordre des morceaux. Une manière ludique d’entretenir l’attente autour d’un disque que beaucoup n’espéraient plus.

    Une distribution d’invités qui en dit long

    C’est peut-être le trait le plus frappant de Foreign Tongues : les Stones y ouvrent grand la porte. Autour du noyau historique, on retrouve une brochette de noms qui traversent les générations et les genres.

    • Paul McCartney — le dialogue Beatles/Stones, vieille rivalité devenue complicité tardive, se prolonge sur le disque.
    • Steve Winwood — la légende du rhythm and blues britannique, compagnon de route des sixties.
    • Robert Smith — le chanteur de The Cure, incarnation d’une autre Angleterre pop, apporte sa couleur.
    • Chad Smith — le batteur des Red Hot Chili Peppers, l’un de ceux qui ont pris la relève derrière les fûts.

    Surtout, l’album contient un morceau enregistré lors de l’ultime session de Charlie Watts, en 2021 à Los Angeles, quelques mois avant sa disparition. Ce sont ces mêmes sessions qui avaient déjà nourri Hackney Diamonds : le batteur historique, colonne vertébrale du groupe pendant près de soixante ans, signe donc ici une nouvelle présence posthume. Un détail qui suffit à donner à Foreign Tongues une charge émotionnelle particulière.

    Deux reprises pour boucler la boucle

    Groupe biberonné au blues et au rock’n’roll américain, les Stones n’ont jamais caché leurs dettes. Foreign Tongues les met en musique avec deux reprises. La première, Beautiful Delilah, puise chez Chuck Berry, l’un des tout premiers héros de la bande — un retour aux sources logique. La seconde est plus surprenante : You Know I’m No Good, tube d’Amy Winehouse, réinterprété par un Jagger qui n’a jamais cessé d’aimer la soul. Deux hommages, deux époques, une même filiation revendiquée.

    Deux singles, deux clips déjà très commentés

    Les Stones ont préparé le terrain avec méthode. Le premier single, In the Stars — accompagné en face B de Rough and Twisted — est arrivé dès le 5 mai. Son clip a fait parler : à l’aide de la technologie de « deepfake » Deep Voodoo, Jagger, Richards et Wood y apparaissent rajeunis d’un demi-siècle, dansant lors d’une fête aux côtés de la comédienne Odessa A’zion. Un tour de passe-passe visuel qui a relancé, au passage, le débat sur l’usage de l’image des artistes par l’intelligence artificielle.

    Les Rolling Stones rajeunis numériquement dans le clip de In the Stars
    Crédit : The Rolling Stones

    Le deuxième single, Jealous Lover, publié le 26 juin avec Divine Intervention, joue une autre partition : un Jagger en mode falsetto soul, dans la lignée de son Emotional Rescue, servi par un clip mettant en scène les acteurs Anya Taylor-Joy et Charles Melton dans une historiette de jalousie. De quoi confirmer que les Stones savent encore capter l’attention bien au-delà de leur public historique.

    Image du clip officiel de Jealous Lover des Rolling Stones
    Crédit : The Rolling Stones
    SingleSortieÀ retenir
    In the Stars / Rough and Twisted5 mai 2026Clip avec les Stones rajeunis par IA
    Jealous Lover / Divine Intervention26 juin 2026Clip avec Anya Taylor-Joy et Charles Melton

    Pourquoi cet album compte

    Sortir un vingt-cinquième album studio à cet âge relève déjà de l’exploit. Mais l’enjeu de Foreign Tongues dépasse la simple performance de longévité. En deux ans, les Stones passent d’un retour salué (Hackney Diamonds) à une véritable dynamique de fin de carrière productive, là où beaucoup de leurs contemporains se contentent de tournées d’adieu. Le disque prolonge aussi un moment particulier de l’été 2026, marqué par les retours d’icônes : quelques jours plus tôt, Madonna dévoilait « Confessions II », tandis que la scène rock voyait Muse revenir avec « The Wow! Signal ».

    Reste la dimension mémorielle. En intégrant un enregistrement de Charlie Watts et une reprise d’Amy Winehouse, disparue en 2011, Foreign Tongues se fait aussi album de transmission — une manière, pour les Stones, de tendre la main aux absents comme aux vivants. Le groupe l’avait déjà montré avec le goût de la reprise : on se souvient de la façon dont d’autres, comme Fontaines D.C. réinterprétant Sinéad O’Connor, ont fait d’un hommage un geste artistique fort. Rendez-vous le 10 juillet pour découvrir si la formule tient sur la longueur.

    Pour patienter, le site officiel du groupe (rollingstones.com) détaille les éditions physiques de l’album et les précommandes.

     

    Simon Janvier

    J'aime la musique, toutes les musiques. Je profite donc de mes interventions sur ce blog pour partager avec vous l'histoire de titres qui m'ont marqué. Mes critères de choix sont l'émotion, la singularité ou les conditions particulières de l'enregistrement.