Marre des chants de Noël traditionnels et des grelots sirupeux ? Il est temps de pimenter vos fêtes de fin d’année avec une dose de distorsion, de double pédale et de voix rauques. Des légendes du Heavy Metal aux icônes du Punk, voici une sélection musclée pour transformer votre réveillon en véritable moshpit festif. Sortez les sapins cloutés, voici le son qui va faire vibrer les murs !

    Petit avertissement avant de lancer la playlist : le Noël metal est un terrain miné de faux. On a vérifié chaque titre un par un, et on vous dit lesquels ne sont pas ce qu’ils prétendent être.

    Dio – God Rest Ye Merry Gentlemen

    La voix légendaire de Ronnie James Dio revisite ce classique avec une puissance épique.

    Sur le papier c’est un chant de Noël. Dans les faits, Dio est accompagné de Tony Iommi à la guitare : autrement dit, il a fallu remonter la moitié de Black Sabbath pour venir à bout d’une comptine anglaise du XVIIIe siècle. On a connu combats plus équilibrés.

    Doug Pinnick, George Lynch, Billy Sheehan & Simon Phillips – Little Drummer Boy

    Une version virtuose où la basse prend les commandes du célèbre petit tambour.

    On le trouve partout crédité « Billy Sheehan », mais Sheehan n’y tient que la basse : au chant c’est Doug Pinnick (King’s X), à la guitare George Lynch (Dokken), et derrière les fûts Simon Phillips (Toto). Le « petit joueur de tambour » confié à l’un des batteurs de session les plus techniques du rock : le petit garçon pauvre de la légende vient de s’offrir une double grosse caisse.

    KoRn – Jingle Balls

    Quand le Nu-Metal s’empare de Noël, l’ambiance devient immédiatement plus déchaînée.

    Enregistré pendant les sessions de Follow the Leader et sorti sur l’EP bonus d’Issues en 1999. Détail qui vaut le détour : la version jouée en live au Almost Acoustic Christmas de KROQ, en décembre 1998, était à la cornemuse. Jonathan Davis reste à ce jour le seul homme à avoir transformé « Jingle Bells » en instrument de siège.

    Alice Cooper – Santa Claws Is Coming To Town

    Le parrain du Shock Rock nous prévient : le Père Noël arrive, et il n’est peut-être pas aussi gentil qu’on le croit.

    Notez le titre exact : Claws, avec des griffes, pas Claus. Il faut reconnaître à Cooper une forme d’honnêteté intellectuelle : la chanson d’origine, écrite en 1934, explique déjà à des enfants de six ans qu’un inconnu barbu sait exactement quand ils dorment et tient un registre de leur conduite. Cooper n’a pas noirci le propos, il a juste arrêté de faire semblant.

    My Chemical Romance – All I Want For Christmas Is You

    Une reprise punk-rock énergique du tube incontournable de Mariah Carey.

    Novembre 2004, pour une compilation de la radio californienne KROQ, en pleine ascension de Three Cheers for Sweet Revenge. Le groupe emo le plus eye-liné du New Jersey s’attaquant au single de Noël le plus rentable de l’histoire de la pop : c’est le seul moment de l’année où l’on a vu ces deux univers accepter de partager un titre.

    « Guns N’ Roses » – White Christmas ⚠️

    Le classique d’Irving Berlin passé à la moulinette Rock ‘n’ Roll… par quelqu’un qui n’est pas Axl Rose.

    Grande nouvelle : ce morceau n’existe pas. Il ne figure dans aucune discographie officielle, et le fichier qui circule depuis des années est l’œuvre d’un imitateur. Ni Axl ni Slash n’y ont posé quoi que ce soit — les forums de fans du groupe le classent comme faux depuis longtemps. Ce qui n’a jamais empêché personne de le programmer au réveillon. On vous le laisse quand même : réussir une imitation d’Axl Rose assez convaincante pour tromper Internet pendant vingt ans, ça mérite bien une place dans la playlist.

    Lemmy Kilmister, Dave Grohl & Billy F. Gibbons – Run Rudolph Run

    Le trio ultime pour un Noël sous le signe du pur Rock ‘n’ Roll et du Jack Daniels.

    Motörhead, Foo Fighters et ZZ Top réunis sur une reprise de Chuck Berry. Ce supergroupe ne s’est jamais reformé ailleurs, sous aucun autre prétexte, dans aucun autre contexte. Il aura fallu Noël pour que ces trois-là se retrouvent dans la même pièce — et un renne pour les faire courir.

    « Amon Amarth » – Viking Christmas ⚠️

    Parce que même les Vikings ont le droit de fêter Noël (à leur manière). Enfin, en théorie.

    Deuxième faux de la liste. Le titre est absent de la discographie officielle du groupe comme de l’Encyclopaedia Metallum ; il ne vit que sur des sites de paroles agrégés et un upload YouTube de 2011. Les forums metal sont formels : ça ne sonne pas du tout comme Amon Amarth. Ce qui n’a pas empêché des médias musicaux de le reprendre en playlist sans vérifier. Un groupe qui chante Odin et le Ragnarök à longueur d’album s’est fait voler l’identité pour une chanson de Noël : quelque part, c’est de bonne guerre.

    Dropkick Murphys – The Season’s Upon Us

    Le côté punk celtique pour un Noël familial… un peu chaotique.

    Sorti en décembre 2012, monté jusqu’à la 24e place du classement Hot Rock & Alternative — troisième meilleur score de single du groupe. C’est aussi, à notre connaissance, la seule chanson de Noël à avoir été pressée en 45 tours dans trois coloris différents pour raconter un réveillon de famille qui tourne au désastre. Le vinyle rouge et vert pour un naufrage domestique : on appelle ça du soin du détail.

    Queen – Thank God It’s Christmas

    L’élégance rock absolue pour conclure cette sélection en beauté.

    Single hors-album de novembre 1984, signé Brian May et Roger Taylor. Il a atteint la 21e place au Royaume-Uni — un score honorable, sauf qu’il est sorti la même saison que « Do They Know It’s Christmas? » de Band Aid, qui a tout écrasé sur son passage. Queen a donc perdu le Noël 1984 face à un projet caritatif. Il aura fallu attendre 2019 pour que le morceau ait enfin droit à un clip officiel : trente-cinq ans de patience, ce qui reste raisonnable à l’échelle d’un groupe qui a inventé l’opéra-rock de six minutes.


    Les bonus pour prolonger la fête

    Orion’s Reign – Deck The Halls (Heavy Metal Version)

    Sorti en décembre 2015 par ce groupe de metal symphonique grec, avec la chanteuse norvégienne Minniva en invitée. Un morceau taillé pour YouTube plutôt que pour la radio — la nouvelle voie royale du chant de Noël metal, où l’algorithme a remplacé le programmateur.

    Manowar – Silent Night

    Offert aux fans en 2007, en anglais et en allemand (« Stille Nacht »), puis réédité en single en 2013. Le groupe a précisé que le morceau avait été enregistré « in Hell » — c’est le nom réel de leur studio. Manowar est probablement le seul groupe au monde capable d’enregistrer « Douce nuit » en enfer sans que personne ne trouve ça surprenant.

    Ultra Vomit – Noël (Panzer Surprise !)

    Piste 16 de l’album Panzer Surprise ! (2017), qui marquait le retour des Nantais après neuf ans de silence discographique. Le morceau dure une minute quarante-cinq, soit à peu près le temps qu’il faut pour déballer un cadeau et comprendre que c’est encore des chaussettes.

    CelKilt – Petit Papa Noël (Cover)

    La reprise du standard de Tino Rossi par les rockeurs celtiques, extraite de leurs Kiltmas Songs. Ça démarre tout doux, puis ça bascule. Le groupe joue exclusivement en kilt et a porté ce répertoire jusque sur le plateau de La France a un incroyable talent, cornemuse comprise : on peut difficilement faire plus engagé.

    Paul Di’Anno – Another Rock and Roll Christmas (souvent attribué à Iron Maiden) ⚠️

    Le titre circule partout sous l’étiquette « Iron Maiden ». C’est faux — mais l’erreur est plus subtile qu’un simple fan-edit. L’original est de Gary Glitter (1984), et la reprise que vous entendez est bien chantée par une voix d’Iron Maiden : celle de Paul Di’Anno, le tout premier chanteur du groupe, parti en 1981. Il l’a enregistrée sur l’album Metal Christmas en 1994. Ce n’est donc pas Iron Maiden, c’est simplement l’Iron Maiden d’avant — ce qui, pour une partie des fans, revient exactement au même.

    Ozzy Osbourne & Jessica Simpson – Winter Wonderland

    Le meilleur making-of de toute cette liste. Enregistré en 2003 pour le spécial Noël des Osbournes, Ozzy a d’abord refusé net, puis a demandé si sa fille Kelly ne pouvait pas prendre sa partie à sa place. On l’a finalement convaincu en lui vendant le projet comme un sketch comique où seule Jessica Simpson chanterait sérieusement. Dans le clip, il porte chapeau et lunettes noires : le seul homme à s’être déguisé en incognito sur son propre morceau.

    « Slipknot » – Merry Christmas ⚠️

    Troisième faux. Aucun titre officiel de Slipknot ne porte ce nom : ce qui circule relève de reprises de fans et de montages YouTube. La bonne nouvelle, c’est que le vrai morceau de Noël existe quand même — Corey Taylor, le chanteur, a sorti en solo un single intitulé « X-M@$ ». Une chanson de Noël écrite en leet speak : difficile de faire plus fidèle à l’esprit du groupe.

    « Marilyn Manson » – Jingle Bells ⚠️

    Et de cinq. Le titre n’apparaît dans aucune discographie officielle ; ce sont des mashups et des uploads de fans. Manson a bel et bien enregistré une chanson de fête — « This Is Halloween », en 2006, pour la bande originale de L’Étrange Noël de Monsieur Jack. Il a donc choisi la seule fête de l’année où son maquillage ne demandait aucun ajustement.

    AC/DC – Mistress For Christmas

    Piste 5 de The Razors Edge (1990). Le détail qui fait tout : en 1991, dans les colonnes de Guitar World, Angus Young a expliqué que la chanson parlait de Donald Trump, alors magnat de l’immobilier omniprésent dans les tabloïds. Il la décrivait aussi comme le morceau le plus drôle de l’album. Trente-cinq ans plus tard, il faut reconnaître qu’AC/DC avait un sacré flair pour repérer les sujets d’actualité durables.


    Le mot de la fin

    Moralité de cette playlist : sur dix-neuf titres, cinq n’existent pas, un est mal crédité et un autre est chanté par l’ancien chanteur du groupe auquel on l’attribue. Quatre d’entre eux viennent par ailleurs du même disque, la compilation We Wish You a Metal Xmas and a Headbanging New Year (2008), qui reste à ce jour la pierre angulaire du genre. Le Noël metal est un territoire où l’on croit sur parole tout ce qui a une pochette rouge et une guitare saturée. Vérifiez vos sources, et joyeux moshpit.

    Simon JANVIER

    J'aime la musique, toutes les musiques. Je profite donc de mes interventions sur ce blog pour partager avec vous l'histoire de titres qui m'ont marqué. Mes critères de choix sont l'émotion, la singularité ou les conditions particulières de l'enregistrement.