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Vous n’avez pas quatre bras et vous n’aurez jamais toutes les compétences. À un moment, il faudra un ingénieur du son, un batteur de remplacement, une personne pour la communication, quelqu’un qui sache monter une vidéo. La question n’est pas de savoir si vous recruterez, mais avec quelle information vous le ferez. Voici une méthode qui ne coûte rien et qui change tout : tenir une liste des gens que vous croisez.

Le vrai problème du recrutement d’un musicien

Quand un besoin apparaît — il faut un ingénieur du son pour la tournée, il faut quelqu’un pour remplacer le clavier — vous êtes dans la pire configuration possible pour choisir : sous contrainte de temps, avec une information pauvre, et souvent sur recommandation d’un tiers qui n’a pas les mêmes exigences que vous.

Le résultat est connu : on prend la première personne disponible, on découvre au bout de trois semaines ce qu’on aurait pu savoir en trois minutes, et on recommence.

Or vous disposez d’une information que personne d’autre n’a. Au fil des concerts, des séances, des répétitions, des festivals, vous voyez des dizaines de gens travailler. Pas se présenter : travailler. Vous voyez qui garde son calme quand la balance dérape, qui arrive préparé, qui écoute, qui joue juste sans qu’on ait à le lui demander.

Le problème est que cette information s’évapore. Six mois plus tard, il vous reste un prénom et une impression floue.

La méthode : une ligne par personne

De la rencontre au recrutement : le trajet d’un nom1. Rencontresur un plateau, en séance,en répétition2. Notenom, rôle observé,contexte, date3. Besoinun poste se libèresur votre projet4. Appelvous rappelez quelqu’unque vous avez vu travaillerCe que contient une ligne utileCamille D.ingénieure du son façadefestival, juillet 2024sang-froid en régieTarek B.batteur de sessionséance chez un amigroove, arrive préparéVous ne recrutez plus des inconnus : vous rappelez des gens vus en situation
La liste ne sert pas à collectionner des contacts. Elle sert à conserver une observation faite en situation réelle — la seule information qu’un CV ou une démo ne donnera jamais.

Le principe tient en une phrase : chaque fois que quelqu’un retient votre attention, vous ajoutez une ligne, immédiatement. Pas le lendemain. Le soir même, dans le train ou la loge.

Cette pratique n’a rien d’original — beaucoup de dirigeants d’entreprise la tiennent depuis toujours, sous des noms plus solennels. Sa force vient de trois propriétés :

  • L’observation est faite hors contexte de recrutement. La personne ne cherchait pas à vous impressionner, donc ce que vous avez vu est fiable.
  • Elle est datée et située. Vous saurez plus tard dans quelles conditions vous l’avez vue travailler — un festival mal organisé n’est pas une séance tranquille.
  • Elle est cumulative. Au bout de deux ans, vous avez un vivier que personne ne peut vous copier.

Ce que doit contenir une ligne

Quatre champs suffisent, et il faut résister à la tentation d’en ajouter.

Le format minimal d’une entrée exploitable.
ChampPourquoi il compte
Nom et moyen de contactÉvident, et pourtant c’est ce qui manque le plus souvent six mois plus tard.
Le rôle où vous l’imaginezPas son métier officiel : le poste que vous lui confieriez. C’est votre jugement qui a de la valeur, pas son intitulé.
Le contexte de la rencontreLieu, date, type de projet. Une compétence se juge toujours relativement aux conditions.
Une remarque précise« Sang-froid en régie », « arrive préparé », « propose sans imposer ». Un adjectif vague ne vous servira à rien.

Le support importe peu : un fichier partagé, une note sur le téléphone, un carnet. Ce qui compte, c’est que l’ajout prenne moins d’une minute — sinon vous ne le ferez pas.

Vu de l’autre côté

J’ai passé des années en régie et en direction technique, du côté de ceux qu’on observe. Je peux confirmer que l’on repère très vite, sur un plateau, qui sait travailler. Ce n’est presque jamais une question de virtuosité : c’est la préparation, la capacité à écouter une consigne, et le comportement quand quelque chose ne fonctionne pas. Ces trois choses ne se lisent sur aucun CV, et elles se voient en une demi-journée.

Le critère qu’on n’ose pas écrire

Vous allez passer beaucoup de temps avec votre équipe : des trajets, des attentes, des soirs de fatigue, des désaccords. Autant que ce soit supportable. Ce critère paraît futile comparé au niveau technique ; il ne l’est pas. Une compétence brillante mais impossible à vivre coûte plus cher qu’un très bon niveau accompagné d’une présence agréable.

Notez-le, donc, franchement. Vous êtes le seul lecteur de cette liste.

Cela dit, ne confondez pas sympathie et compétence. Le piège symétrique consiste à s’entourer de gens agréables et de découvrir en tournée que personne ne sait résoudre un problème. La liste sert précisément à séparer les deux jugements, parce qu’elle vous force à écrire ce que vous avez observé.

Questions fréquentes

Et si je n’ai encore croisé personne ?
Alors le chantier prioritaire n’est pas la liste, c’est le fait d’aller là où l’on croise du monde : séances, plateaux, résidences, festivals, même comme spectateur ou comme renfort. Jouer chez les autres reste le meilleur accélérateur, comme le montre le parcours de Matthieu Chedid.
Faut-il prévenir les gens qu’on les note ?
Ce n’est pas un fichier de renseignement mais un carnet d’adresses commenté. Restez-en à des observations professionnelles, que vous pourriez dire en face sans gêne, et la question ne se pose plus.
Combien de noms faut-il viser ?
Aucun objectif chiffré. Une liste de vingt lignes vraiment observées vaut mieux que deux cents contacts collectés. Le jour où un poste se libère, vous n’avez besoin que de deux ou trois candidats crédibles.
Comment recontacter quelqu’un vu il y a deux ans ?
Exactement comme vous l’avez rencontré : en rappelant le contexte. « On s’est croisés au festival X en 2024, vous étiez à la façade » suffit. C’est précisément pour cela que le champ « contexte » n’est pas facultatif.

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