Pochette de l'album « The Singer in My Band » — This Is Lorelei / Matador Records
Il y a des disques qui n’essaient pas de vous impressionner, et qui finissent par vous accompagner longtemps. « The Singer in My Band », troisième album de l’Américain Nate Amos sous le nom de This Is Lorelei, est de ceux-là. Paru le 11 septembre 2026 chez Matador Records, ce recueil de onze chansons troque les expérimentations pour une americana lumineuse, et signe le disque le plus chaleureux et le plus assuré de son auteur. C’est notre album de la semaine.
Un musicien discret, un album de route
Derrière This Is Lorelei se cache Nate Amos, songwriter new-yorkais également moitié du duo Water From Your Eyes. Sous cet alias, il travaille presque seul : il écrit, joue et produit l’essentiel de sa musique. Après « Box for Buddy, Box for Star », salué en 2024, on l’attendait au tournant. Sa réponse tient en une forme de lâcher-prise : plutôt que d’empiler les idées, il resserre, épure, et fait confiance à la chanson.
« The Singer in My Band » a été conçu sur la route. Amos raconte avoir imaginé la plupart de ces morceaux en voiture, en rêvassant, sans instrument sous la main, avant de les enregistrer dans son studio maison de Brooklyn. L’album a d’ailleurs été bouclé avant même qu’il ne signe chez Matador. Il en garde une sensation particulière : celle de paysages qui défilent derrière une vitre, de villes traversées, de personnages croisés le temps d’une étape. C’est un disque de trajets, autant que de destinations.
Ce choix du dépouillement en dit long sur le moment de carrière de Nate Amos. Avec Water From Your Eyes, il a exploré des territoires plus abstraits, entre art rock et électronique bricolée ; sous le nom de This Is Lorelei, il s’autorise au contraire une forme de sincérité frontale, presque à contre-courant de l’époque. « The Singer in My Band » n’a pas peur d’être direct, ni d’assumer des mélodies que l’on retient dès la première écoute. C’est un pari : celui de croire qu’une chanson simple, bien racontée, vaut mieux qu’une prouesse de studio.
Une americana qui raconte des histoires
Musicalement, Amos assume un grand écart avec ses travaux les plus tordus. Ici, place à la folk, à la country lumineuse et à un art très classique de la chanson américaine. On sent son admiration pour le bluegrass, moins pour la virtuosité que pour sa capacité à raconter : chaque titre ressemble à une petite nouvelle, peuplée de personnages un peu cabossés. La presse spécialisée ne s’y est pas trompée, saluant unanimement le disque le plus « chaleureux et concentré » de sa carrière.
Cette simplicité est trompeuse. Derrière les apparences d’un album de country décontracté, il y a un vrai travail d’écriture et d’arrangement, où chaque détail compte. Amos parle d’amour, de peine et de mort avec une légèreté désarmante, et c’est précisément ce mélange qui rend « The Singer in My Band » si attachant. On pense parfois à la manière dont d’autres artistes ont su réinventer les racines américaines sans nostalgie, comme Alabama Shakes ou, dans un autre registre, Orville Peck.

La cohérence du projet tient aussi à sa fabrication artisanale. En enregistrant chez lui, seul aux commandes, Amos a gardé la main sur chaque son, chaque respiration. Il en résulte une production organique, jamais léchée, où l’on entend le grain des guitares et la fragilité des voix. Cette dimension faite maison n’a rien d’un défaut : elle donne au disque son intimité, cette impression d’écouter quelqu’un chanter dans une pièce voisine plutôt qu’une machine bien huilée. Les onze titres s’enchaînent sans temps mort, entre ballades douces et échappées plus vives, et dessinent un ensemble d’une belle unité.
Trois titres pour entrer dans le disque
« Billy Came Back », choisi comme premier single, résume à lui seul l’esprit de l’album. Sur un tempo tranquille et une guitare claire, Amos déroule le récit d’un retour, avec ce sens du détail qui transforme une anecdote en chanson universelle. C’est une porte d’entrée idéale, immédiate sans être simpliste.
« Oh No Now My » montre l’autre visage du disque : plus nerveux, presque enlevé, il rappelle que l’americana d’Amos n’exclut pas l’énergie. Le morceau avance vite, porté par une mélodie accrocheuse, et prouve que le songwriter sait aussi faire tenir une chanson debout en deux minutes chrono.
« The Singer in My Band », le morceau-titre, agit comme le cœur émotionnel de l’ensemble. C’est là que le disque prend toute sa hauteur : une chanson sur la musique, sur celles et ceux qui la font, et sur ce lien étrange qui unit un chanteur à son groupe. À écouter pour comprendre pourquoi Amos a choisi ce titre pour baptiser l’album entier.
Un disque à garder
« The Singer in My Band » ne cherche pas le coup d’éclat. Il avance à son rythme, gagne en profondeur à chaque écoute, et finit par s’installer durablement. Dans une rentrée saturée de sorties, c’est peut-être sa plus belle qualité : celle d’un album qui ne s’impose pas, mais qui reste. Pour ceux qui aiment les chansons bien écrites et la country lumineuse, c’est le rendez-vous de la semaine.
La tracklist complète :
- I Will Eat My Heart in the Morning Light
- Oh No Now My
- Billy Came Back
- Watching Heaven Fall
- Sailing (Your Baby’s Down)
- The Singer in My Band
- Nitro
- Hey Sarah Is It Gonna Rain Forever
- The Kid With the Crown
- And I Haven’t Seen My Love in Quite a While
- Don’t You Cry in Lonesomeness
