Attendu depuis des mois, le troisième album de Gracie Abrams est arrivé le 17 juillet. Seize titres coécrits avec Aaron Dessner et une belle brochette d’invités, pour un disque qui règle ses comptes avec l’adolescence et assume une couleur nettement plus grave que les précédents.

    Un troisième album qui grandit avec elle

    En quelques années, Gracie Abrams est passée du statut de chouchoute d’Internet à celui de tête d’affiche à part entière. La chanteuse américaine, révélée par des chansons intimistes partagées en ligne, a enchaîné un premier album remarqué, un deuxième disque qui l’a installée dans les hauteurs des classements, puis une longue série de concerts qui a fini de la sortir de la confidentialité. Avec « Daughter from Hell », sorti le 17 juillet chez Interscope, elle franchit une nouvelle marche : celle d’un disque plus ambitieux, plus écrit, et surtout plus adulte.

    Le titre, provocateur, n’est pas là pour faire du bruit gratuit. Il renvoie à un regard sans complaisance que la chanteuse pose sur son enfance et son adolescence. La chanson-titre fonctionne d’ailleurs comme des excuses adressées à ses parents, façon de reconnaître, avec le recul, ce qu’elle a pu leur faire vivre. C’est tout le disque qui procède ainsi : une jeune femme désormais stabilisée qui revient sur celle qu’elle a été.

    Gracie Abrams en portrait
    Crédit : Gracie Abrams

    Aaron Dessner aux commandes, et des invités de choix

    Pour donner corps à ce projet, Gracie Abrams a de nouveau fait équipe avec Aaron Dessner, le musicien de The National devenu l’un des producteurs les plus courtisés de la pop d’auteur. C’est lui qui avait façonné une partie de son univers ces dernières années, et leur complicité saute aux oreilles : ce sont souvent les morceaux où ils travaillent en tête-à-tête qui portent le mieux l’album. À leurs côtés, Dan Nigro, artisan de nombreux tubes récents, complète l’équipe de production.

    Autour d’eux gravite une série d’invités qui dit beaucoup de la place qu’occupe désormais la chanteuse dans le paysage :

    • Marcus Mumford (Mumford & Sons) partage le micro sur « What If It’s Right? ».
    • Justin Vernon, la voix de Bon Iver, pose son empreinte sur « Humming » et « Hit the Wall ».
    • Paul Mescal, l’acteur irlandais vu au cinéma, cosigne l’écriture d’« Imaginary Friend ».
    • Audrey Hobert, complice de longue date, participe à « Minibar ».

    Ce casting n’a rien d’anecdotique : il ancre « Daughter from Hell » du côté de la pop folk sensible et des collaborations entre songwriters, loin de la pop calibrée pour les plateformes.

    Un virage plus sombre, assumé

    Là où ses disques précédents laissaient filtrer une lumière, celui-ci s’installe dans une zone plus trouble. Les seize titres explorent la culpabilité, les relations qui abîment, le passage à l’âge adulte et ses désillusions. « Hit the Wall », premier extrait dévoilé au printemps, avait donné le ton ; « Look at My Life », publié fin juin, a confirmé cette veine introspective tout en offrant l’un des refrains les plus immédiats de l’ensemble.

    Le pari n’est pas sans risque. Sur la durée, cette humeur uniforme peut donner le sentiment que certaines chansons se ressemblent, et l’accueil critique, plutôt favorable, pointe cette tension entre des textes à vif et des arrangements parfois trop policés. Mais c’est aussi ce qui fait la cohérence du projet : « Daughter from Hell » n’est pas un album de tubes juxtaposés, c’est un disque qui se traverse d’une traite.

    Gracie Abrams sur scène lors de sa tournée
    Crédit : Gracie Abrams

    Une nouvelle étape sur scène

    La sortie s’accompagne d’une tournée, la « Look at My Life Tour », annoncée dès la fin du printemps. Pour Gracie Abrams, dont la réputation live n’est plus à faire après des mois passés sur les routes, ces concerts seront le vrai test de « Daughter from Hell » : c’est là, face au public, que se jugera la capacité de ces chansons plus intérieures à exister en grand format.

    Une chose est sûre : à même pas trente ans, l’Américaine confirme qu’elle n’est pas un simple phénomène de génération. En choisissant l’introspection plutôt que la facilité, elle prend le pari de durer. Et pour un troisième album, c’est déjà beaucoup.

    À lire aussi : l’annonce de « Daughter from Hell », notre article sur le nouvel album d’Ariana Grande et le retour de Tyla avec « A*POP ». L’album est disponible sur les plateformes d’écoute.

    Simon Janvier

    J'aime la musique, toutes les musiques. Je profite donc de mes interventions sur ce blog pour partager avec vous l'histoire de titres qui m'ont marqué. Mes critères de choix sont l'émotion, la singularité ou les conditions particulières de l'enregistrement.