Pochette de Yours Sincerely. Credit : Ghostly International
Il y a des noms qui pèsent lourd sans jamais faire de bruit. Celui de Haruomi Hosono est de ceux-là : à soixante-dix-neuf ans, le musicien japonais, figure tutélaire de la pop nippone depuis un demi-siècle, publie ce 11 septembre 2026 Yours Sincerely, son vingt-troisième album studio et, surtout, son premier recueil de chansons inédites depuis plus de sept ans. Le disque paraît sur le label américain Ghostly International, signe qu’un artiste longtemps resté un secret bien gardé hors du Japon touche désormais un public mondial.
Le parrain d’une révolution discrète
Pour comprendre l’événement, il faut remonter le fil. Dans les années 1970, Hosono fonde Happy End, groupe fondateur qui invente une manière de chanter le rock en japonais. Puis, en 1978, il forme avec Ryuichi Sakamoto et Yukihiro Takahashi le Yellow Magic Orchestra, trio pionnier de la musique électronique dont les machines et les mélodies ont irrigué, à bas bruit, une immense partie de la pop moderne : synthé-pop, techno, house et même hip-hop y ont puisé. On le considère aussi comme le parrain de la city pop, ce courant pop japonais des années 1970 et 1980 que des millions d’auditeurs ont redécouvert ces dernières années sur YouTube et les réseaux, bien après sa création. Des héritiers comme les Français de Daft Punk n’ont jamais caché ce que leur devait cette école japonaise du groove synthétique.
Un album pensé comme une lettre
Le titre, Yours Sincerely, se lit comme la formule de politesse qui clôt un courrier. Ce n’est pas un hasard : chanté en anglais, l’album cherche à traduire en mots quelques notions japonaises difficiles à rendre, à commencer par l’omoiyari, cette capacité à ressentir avec l’autre, à souffrir et à se réjouir ensemble. Autour de ce fil, Hosono déploie des chansons sur la maternité, la nature et l’amour inconditionnel, dans un éclectisme qui n’appartient qu’à lui : on y croise du folk exploratoire, de l’avant-pop bricolée, des échos de doo-wop, de bossa nova et quelques clins d’œil à la musique classique. Dix titres composent le voyage :
- « Note of Mothership »
- « Sincerely »
- « Ayurveda »
- « M for Mandala »
- « Rojiura »
- « Happy Holiday »
- « To a Wild Rose »
- « Humming »Dream of Love » »
- « Figlio Perduto »
- « Anemo Wheel »

Deux extraits, deux visages
Hosono a préparé le terrain avec soin. Le premier extrait, Note of Mothership, est sorti le 9 juillet 2026, le jour même de ses soixante-dix-neuf ans, accompagné d’un visualizer où s’agite un curieux personnage, le docteur Tanuki, penché sur son microscope. Le second, Sincerely, a suivi début septembre et donne le ton du disque : une douceur presque enfantine, une production minutieuse, et cette manière très particulière qu’a le musicien de chanter juste sans jamais forcer. Rien de spectaculaire, tout dans la nuance.
Un retour salué et de rares concerts
La sortie s’accompagne de deux dates nord-américaines, denrée rare pour un artiste que l’on voit peu sur scène hors du Japon. Hosono se produira aux côtés de Toro Y Moi au Radio City Music Hall de New York le 16 septembre, puis au Greek Theatre de Los Angeles le 20 septembre. Deux rendez-vous qui disent l’aura intacte d’un créateur dont l’influence, longtemps souterraine, remonte enfin à la surface. À l’heure où la pop mondiale recycle sans fin les sonorités des années 1980, entendre l’un de ceux qui les ont inventées revenir avec un disque aussi libre a quelque chose de réconfortant. On peut découvrir l’album sur les plateformes, et se plonger dans le clip officiel ci-dessous.
