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Pochette officielle de l'album Whitney Houston (1985) — Arista Records

Il existe peu de voix dans l’histoire de la pop capables de faire autant avec aussi peu d’effort apparent que celle de Whitney Houston. Entre 1985 et sa mort en 2012, la chanteuse américaine a imposé un standard technique que la variété et le R&B n’ont, depuis, jamais vraiment dépassé : une puissance vocale immense, mais toujours mise au service de la chanson plutôt que de la démonstration. Voici dix titres pour comprendre pourquoi son nom reste une référence absolue, des débuts fulgurants jusqu’aux reprises qui ont fini par éclipser les originaux.

Les débuts (1985-1987) : une étoile qui s’impose immédiatement

How Will I Know

Tiré de son premier album éponyme, ce titre écrit à l’origine pour Janet Jackson illustre tout de suite une facette essentielle de Whitney Houston : sa capacité à habiter des morceaux de pure pop dansante sans jamais sembler hors sujet, elle qui avait grandi dans le chant gospel aux côtés de sa mère Cissy Houston. Le clip, lumineux et coloré, a contribué à faire d’elle une star MTV dès son premier album, une rareté pour une artiste noire américaine à cette époque sur la chaîne.

Saving All My Love for You

Composé par Michael Masser et Gerry Goffin, ce titre offre à Whitney Houston son premier numéro un aux États-Unis. La chanson, qui raconte une liaison avec un homme marié, tranche avec l’image lisse que le label voulait alors lui coller : la voix, elle, impose déjà une autorité émotionnelle rare pour une débutante de vingt-et-un ans. Le passage du refrain, tenu et projeté sans jamais forcer, est devenu une référence pour des générations de chanteuses.

Greatest Love of All

À l’origine composée par Michael Masser et Linda Creed pour George Benson en 1977, la chanson restait assez peu connue avant que Whitney Houston ne la reprenne. Sa version, portée par un message d’estime de soi que l’on retrouvera ensuite cité à l’infini dans les discours de remise de diplômes américains, est devenue un classique si identifié à elle que la version originale a presque disparu de la mémoire collective. C’est aussi l’un des morceaux où elle gère le mieux la montée en puissance progressive, du couplet presque chuchoté jusqu’au dernier refrain lancé à pleine voix.

Pochette de l'album Whitney Houston
Pochette officielle de l’album Whitney Houston (1985) — Arista Records

I Wanna Dance with Somebody (Who Loves Me)

Premier single de son deuxième album, sobrement titré Whitney, ce morceau marque un virage volontaire vers la dance-pop pure, plus proche de l’esthétique de Donna Summer que des ballades qui avaient fait son succès. Le choix s’est révélé payant : la chanson lui offre un troisième numéro un consécutif et reste, près de quarante ans plus tard, l’un des titres les plus repris dans les soirées et les publicités, preuve d’une efficacité d’écriture presque intemporelle.

So Emotional

Toujours issu de l’album Whitney, ce titre pop-rock plus nerveux montre une facette plus ludique de l’artiste, loin de l’image de diva sérieuse qui commençait déjà à se construire autour d’elle. Il complète une série de sept singles consécutifs classés numéro un aux États-Unis entre 1985 et 1988, un record qui a longtemps tenu avant d’être égalé bien plus tard par d’autres stars de la pop.

1992 : l’année du Bodyguard, le sommet de sa carrière

I Will Always Love You

Écrite et interprétée à l’origine par Dolly Parton en 1974, la chanson devient, grâce à Whitney Houston et à la bande originale du film Bodyguard, l’un des plus grands succès de l’histoire de la musique enregistrée. L’arrangement choisi, qui ouvre sur un couplet a cappella avant de laisser exploser le refrain porté par une section de cuivres, a été pensé spécifiquement pour mettre en valeur l’étendue de sa voix. Le single reste l’un des plus vendus de tous les temps par une artiste féminine, et continue d’être cité comme la référence absolue en matière d’interprétation vocale dans la pop.

I’m Every Woman

Autre reprise majeure de la bande originale du Bodyguard, ce titre composé par Nickolas Ashford et Valerie Simpson avait été un succès pour Chaka Khan en 1978. La version de Whitney Houston, plus funk et plus rapide que l’originale, s’impose comme un hymne à l’autonomie féminine, repris depuis par de nombreuses artistes lors de performances scéniques et de cérémonies.

Run to You

Moins souvent cité que les deux titres précédents, « Run to You » reste pourtant l’un des morceaux les plus représentatifs de ce que Whitney Houston savait faire de mieux : une ballade romantique classique, sans artifice de production excessif, qui laisse toute la place à la voix et à la justesse de l’interprétation. Le clip, filmé lors d’un bal costumé d’époque, accompagne discrètement l’intrigue du film sans jamais chercher à l’éclipser.

Les années suivantes : une voix qui continue de porter les projets

Step by Step

Écrite par Babyface pour la bande originale du film The Preacher’s Wife en 1996, cette chanson marque le retour de Whitney Houston au gospel, le genre de ses débuts auprès de sa mère et de sa cousine Dionne Warwick. Moins connue du grand public européen que ses grands tubes pop, elle reste une favorite auprès des fans les plus attentifs à son parcours, pour la sincérité de l’interprétation autant que pour le choix du répertoire, en phase avec ses racines religieuses.

Million Dollar Bill

Issu de son dernier album studio, I Look to You, sorti en 2009, ce titre co-écrit et produit par Alicia Keys et Swizz Beatz montre une Whitney Houston qui tente, avec sincérité, de renouer avec une carrière discographique après des années compliquées. La voix a changé, plus rauque, marquée par le temps, mais elle reste reconnaissable immédiatement, et le morceau conserve l’énergie disco-funk qui avait fait le début de sa carrière. Il s’agit d’un document précieux sur une artiste qui, jusqu’au bout, a continué de chercher à se réinventer plutôt que de se reposer sur son répertoire passé.

Pour qui veut comparer deux immenses voix de la même tradition vocale, le détour par la chronique consacrée à Aretha Franklin permet de mesurer à quel point Whitney Houston, tout en s’inscrivant dans son héritage gospel et soul, a su construire un répertoire résolument tourné vers la pop et le grand public international.