On connaît sa signature sans toujours connaître son visage. Depuis quinze ans, benny blanco co-écrit et produit une part vertigineuse des tubes qui saturent les radios : de Katy Perry à Rihanna, d’Ed Sheeran à Justin Bieber, l’Américain est l’un de ces architectes de l’ombre dont dépend l’industrie. Avec « Hermoso », publié ce 14 août, il change de rôle : le voici artiste à part entière, et pour la première fois presque tout en espagnol.
Un producteur qui passe devant le micro
« Hermoso » est présenté comme le quatrième album de benny blanco et, surtout, comme son premier projet pensé en espagnol. Huit titres, un format resserré qui tranche avec les disques-fleuves de l’époque : le producteur assume ici un geste d’auteur plutôt qu’une compilation de featurings. La bascule vers la langue espagnole n’a rien d’anecdotique. Elle inscrit benny blanco dans le mouvement de fond qui, depuis plusieurs saisons, a fait de la pop latine l’un des moteurs les plus puissants du streaming mondial.
Le pari n’est pas sans risque. Passer de faiseur de hits anglophones à interprète d’un disque latino suppose de convaincre à la fois un public habitué à l’entendre en coulisses et une scène hispanophone exigeante. Le choix des invités, lui, dit assez la stratégie : mêler stars planétaires et voix plus pointues de la nouvelle garde urbaine.
« Te Olvido (La La) », le single qui a lancé l’été
La porte d’entrée du disque s’appelle « Te Olvido (La La) ». Le morceau réunit Selena Gomez et Becky G, qui partagent ici un titre pour la première fois, sur une rythmique cumbia solaire et des couplets entièrement chantés en espagnol. La chanson célèbre ouvertement la culture de Los Angeles et l’héritage chicano ; son clip, réalisé par Stillz — l’œil derrière plusieurs visuels marquants de la scène latino actuelle — s’offre même un caméo de l’acteur Danny Trejo. Un condensé d’imagerie californienne assumée, à mi-chemin du clip de quartier et de la carte postale pop.
Au-delà de l’anecdote, l’association fait sens : Becky G porte depuis des années un projet artistique tourné vers ses racines mexicaines, tandis que Selena Gomez, dont les origines latino-américaines nourrissent une partie du récit, y trouve un terrain d’expression cohérent. Le trio compose un objet pop calibré pour l’été, sans se contenter d’une simple opération de casting.

De « I Said I Love You First » à « Hermoso »
Ce nouveau chapitre s’inscrit dans une année déjà chargée. En 2025, benny blanco cosignait « I Said I Love You First… And You Said It Back » avec Selena Gomez, devenue depuis son épouse : un disque à quatre mains où le producteur se dévoilait déjà davantage. « Hermoso » pousse la logique plus loin, en le plaçant seul en tête d’affiche.
Autour de « Te Olvido (La La) », l’album agrège plusieurs jalons semés au fil des mois, parmi lesquels « Joven y Salvaje » avec la Barcelonaise Bb Trickz et « Degenere » avec le Portoricain Myke Towers, ainsi que de nouveaux titres apparus tout récemment. La liste des invités dessine une carte de la pop urbaine hispanophone d’aujourd’hui : têtes d’affiche installées d’un côté, révélations plus mordantes de l’autre.
Un test grandeur nature pour la pop latine mondialisée
Reste la question qui vaut pour tout disque de ce genre : la sincérité de la démarche. On pourra reprocher à « Hermoso » d’arriver au moment exact où la pop latine rapporte le plus ; on pourra tout aussi bien y voir l’aboutissement logique d’un parcours qui, de collaboration en collaboration, tendait vers cette langue et ces sonorités. La réponse se jouera à l’écoute, sur la durée, loin des seuls chiffres d’ouverture.
Une chose est sûre : en s’exposant ainsi, benny blanco accepte enfin d’être jugé non plus comme un artisan invisible, mais comme un auteur. C’est peut-être là le vrai enjeu de « Hermoso ». Pour se faire une idée, le mieux reste encore d’écouter « Te Olvido (La La) » et de se laisser porter par son refrain.







