L'Undertaker, Pt. 2 — Nojoke Record
Trois titres dans le top 15 français au même moment : c’est la performance que signe cette semaine Mauvais Djo. Si « Maladie » (6e) et « Pilé » (7e) occupaient déjà régulièrement le haut du classement Spotify France ces derniers mois, c’est désormais « Wagyu », extrait de son EP L’Undertaker, Pt. 2, qui vient compléter le trio à la 12e place — une régularité que peu d’artistes français affichent actuellement, tous styles confondus.
D’animateur de soirées à phénomène des charts
Le parcours de Mauvais Djo, de son vrai nom Joel Raul Marcolino, n’a rien d’un conte de fées classique. Né en 1997 dans une famille d’origine congolaise, il grandit à Évry-Courcouronnes. Avant la musique, c’est au micro, en animateur de soirées, qu’il se forge une réputation : d’abord dans les clubs de quartier, puis sur des scènes beaucoup plus grandes, en Europe, en Afrique et jusqu’à Dubaï. Cette culture du speaker, pensée pour faire monter une salle plutôt que pour installer un texte, infuse toute sa musique. Son arrivée dans le rap en 2020 reste discrète : il collabore d’abord avec Aymoune, Werenoi et SAF, sans éclat particulier, avant que « Y a une meuf », enregistré en 2023 avec MC Yoshi et Kokosvoice, ne devienne viral et ne donne naissance au groupe Triangle des Bermudes. Deux albums collectifs plus tard, « Triangle des Bermudes 1.0 » puis « 2.0 », c’est son projet solo qui prend le relais.
« Wagyu », nouveau maillon d’une ascension continue
Sorti en août 2026 et intégré à l’EP L’Undertaker, Pt. 2, « Wagyu » poursuit la mécanique qui a fait le succès de « Pilé » l’été dernier puis de « Maladie », certifié single Platine en septembre : un format court, une énergie de club assumée, et une écriture pensée pour tourner en boucle sur les réseaux avant même de passer en radio. Le titre grimpe régulièrement dans les classements de streaming depuis sa sortie, jusqu’à s’installer cette semaine dans le top 15 français aux côtés de ses deux prédécesseurs. Sur ce format court, Mauvais Djo répète une recette qu’il maîtrise déjà : un refrain qui s’installe en quelques secondes, taillé pour les boucles TikTok et les playlists de soirée davantage que pour l’écoute attentive au casque.

Un style qui continue de diviser
Le succès commercial de Mauvais Djo ne fait pas taire les critiques. Une partie de la scène lui reproche un rap jugé trop formaté pour la viralité, loin de l’exercice du texte et de l’écriture. Des médias spécialisés ont pris sa défense, rappelant que son univers vient directement de la culture des speakers de boîtes de nuit, pensée pour faire danser une salle plutôt que pour être disséquée ligne à ligne. Le débat sur la légitimité artistique de ce format n’est pas propre à Mauvais Djo : il traverse régulièrement la scène rap française dès qu’un son de club rencontre un succès massif en streaming. Mais les chiffres, eux, ne tranchent jamais en faveur des puristes : trois titres simultanément dans le top 15 national, c’est une performance que même des artistes installés depuis bien plus longtemps peinent à réaliser.
Whatlisten avait déjà suivi ses deux précédents cartons, « Maladie », qui avaient chacun valu à l’artiste son article à l’époque de leur sortie. Avec « Wagyu », c’est désormais une trilogie de hits qui se dessine, et une question qui se pose pour la suite : combien de temps un format aussi calibré peut-il continuer à produire des cartons sans s’essouffler ?
