Aller au contenu

Marrow Deep — Mastodon (Loma Vista Recordings)

Le metal américain tenait l’un de ses retours les plus attendus de l’année : le 28 août 2026, Mastodon a publié Marrow Deep, son neuvième album studio et le premier depuis le départ, puis la disparition, de son cofondateur Brent Hinds. Loin de sonner comme un disque de circonstance, ce nouvel opus transforme le deuil en une déflagration sonore que la critique internationale a saluée sans réserve.

Un disque né dans le deuil

Brent Hinds n’était pas seulement l’un des guitaristes de Mastodon : il en incarnait une part de l’âme, l’une des voix et l’un des principaux compositeurs depuis la fondation du groupe à Atlanta. Son départ, suivi de sa mort, planait forcément sur ce nouvel enregistrement. Le premier extrait, « Your Ghost Again », dévoilé en juin, fonctionne d’ailleurs comme un double hommage : à Hinds, et à Michele Lawrence, la mère du batteur Brann Dailor, disparue en 2025. Marrow Deep porte ce deuil sans jamais s’y enfermer : c’est un disque de reconstruction autant que de perte.

Un groupe qui se réinvente à cinq

Pour la première fois de son histoire, Mastodon a enregistré en quintette. Le groupe s’est adjoint le guitariste Nick Johnston et le claviériste João Nogueira, qui élargissent nettement sa palette : les nappes et les textures gagnent en profondeur sans que la puissance rythmique historique du groupe n’en pâtisse. Confié à la double production de Patrik Berger et de Kurt Ballou, ce premier album pour le label Loma Vista Recordings marque une nouvelle étape : celle d’un collectif qui se relance plutôt qu’il ne se contente d’honorer son passé.

« Snakes for Dinner » et l’invité Josh Homme

Le deuxième single, « Snakes for Dinner », a fini de convaincre les fans. On y entend Josh Homme, la voix de Queens of the Stone Age, qui surgit dans la dernière partie du morceau pour en épaissir l’atmosphère. Le clip, réalisé par le duo DEATHCATS, prolonge cette étrangeté : le groupe joue dans un décor brumeux tandis qu’un dîner tourne à l’expérience hallucinée. La présence de Homme n’a rien d’anecdotique : elle inscrit le morceau dans une filiation, celle d’un rock lourd mais mélodique dont les deux groupes sont, chacun à sa manière, les héritiers. C’est l’un des sommets d’un disque qui alterne assauts frontaux et respirations plus atmosphériques.

Douze titres et un accueil unanime

De « Barbarians Blood » à « The Three Fates », en passant par « Golden Spires » ou « Moth and Bone », les douze morceaux dessinent un ensemble cohérent, plus sombre et plus tendu que les précédents. On y retrouve la marque de fabrique du groupe : des riffs massifs, des changements de rythme abrupts et ce goût pour les longues montées où la mélodie finit toujours par percer sous la distorsion. Mais l’émotion y affleure plus qu’à l’accoutumée, comme si l’épreuve traversée avait rendu l’écriture plus directe.

Cet accueil n’a rien d’anodin pour un groupe qui compte, depuis le début des années 2000, parmi les figures les plus respectées du metal progressif américain. La presse spécialisée n’a pas boudé son plaisir : l’album affiche l’une des meilleures moyennes de l’année et cumule les qualificatifs élogieux, plusieurs observateurs le rangeant déjà parmi les disques marquants de 2026. Preuve qu’après la tempête, Mastodon n’a rien perdu de sa capacité à fédérer bien au-delà du seul public metal, ni de son ambition de repousser les frontières du genre plutôt que de se répéter.

Pour prolonger l’écoute, on peut se replonger dans notre sélection hebdomadaire des titres à écouter ou revenir sur le grand rendez-vous rock de la fin d’été avec notre compte rendu de Rock en Seine 2026.