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The Legend of Zelda: Breath of the Wild — Original Soundtrack (Nintendo)

Il aura fallu attendre 2026 pour qu’une des bandes originales de jeu vidéo les plus aimées de la décennie trouve enfin le sillon du vinyle. La musique de « The Legend of Zelda: Breath of the Wild », publiée par Nintendo en partenariat avec le label britannique Laced Records, est désormais disponible en pressage physique : un coffret événement qui marque une première dans l’histoire de la firme japonaise.

Pourquoi ce pressage compte

C’est un petit séisme pour les amateurs de musiques de jeux vidéo : pour la toute première fois, une bande originale Nintendo est éditée commercialement en vinyle en dehors du Japon. Le coffret de luxe rassemble huit disques et près de quatre heures de musique, soit cent-trente titres entièrement remasterisés pour le format. Chaque face est pensée comme un chapitre : l’exploration d’Hyrule, les combats, la libération des Créatures Divines, ou encore le mystère des sanctuaires.

L’objet lui-même a été soigné comme une pièce de collection : disques épais aux effets « splatter » bleu et or, pochettes intérieures imprimées, double étui rigide et illustrations d’archives réalisées par l’équipe de développement du jeu. On est très loin du simple produit dérivé : c’est une édition patrimoniale, destinée à durer dans une discothèque.

Cette sortie s’inscrit dans un mouvement de fond : depuis quelques années, les bandes originales de jeux vidéo se sont imposées comme l’un des segments les plus dynamiques du renouveau du vinyle. Des labels spécialisés comme Laced Records ont patiemment construit un marché de passionnés prêts à considérer ces musiques comme un répertoire à part entière, au même titre que les grandes partitions de cinéma. Restait un absent de marque : Nintendo, longtemps resté à l’écart de cette vague, réservant ses éditions physiques au marché japonais. Que la firme accepte enfin de presser l’une de ses partitions les plus célèbres pour le reste du monde a donc une portée symbolique : c’est la reconnaissance officielle que cette musique mérite un support noble.

Une musique qui a redéfini le genre

Si « Breath of the Wild » a marqué les esprits, ce n’est pas seulement pour son immense monde ouvert : c’est aussi pour le geste musical, à rebours des grandes fanfares héroïques qui avaient fait la réputation de la saga. Composée notamment par Manaka Kataoka, Yasuaki Iwata et Hajime Wakai, dans l’héritage du maître Koji Kondo, la partition fait le pari du minimalisme : de longues plages de silence, un piano impressionniste, des motifs fragmentaires qui accompagnent la marche du joueur sans jamais l’étouffer.

Cette retenue, presque contemplative, a influencé toute une génération de compositeurs. Elle transforme l’écoute : sur vinyle, débarrassée du contexte du jeu, la musique révèle sa vraie nature, celle d’une suite d’ambiances où le thème principal, majestueux, agit comme un refuge. À rapprocher, dans un tout autre registre, de la manière dont le dernier vinyle chroniqué ici, « L’Absente » de Yann Tiersen, cherchait lui aussi à faire tenir tout un monde dans quelques notes.

Il faut se souvenir de ce que représentait ce choix en 2017, à la sortie du jeu. Les musiques de « Zelda » étaient depuis toujours associées à des thèmes triomphants, immédiatement mémorisables, que des orchestres reprenaient en concert. En optant pour une bande-son diffuse, réactive, qui se déclenche par petites touches selon les actions du joueur, les compositeurs ont pris un risque assumé : celui de se faire oublier pour mieux servir l’immersion. Ce parti pris a largement contribué au sentiment de liberté et de solitude qui fait la singularité du titre, élu jeu de l’année et considéré depuis comme un jalon du médium.

Sorti de son écran, ce répertoire prend une autre dimension. Écoutées d’affilée, ces plages révèlent une vraie cohérence d’ensemble : on y entend la mélancolie des ruines, l’émerveillement des grands espaces, la tension des combats, puis le retour du thème principal comme une promesse. Le vinyle, avec ses faces découpées en chapitres, épouse parfaitement cette logique de voyage : on ne consomme pas ces disques en fond sonore, on les traverse.

Ce que contient le coffret

  • Huit disques vinyles, près de quatre heures de musique ;
  • Cent-trente titres remasterisés pour le format analogique ;
  • Le thème principal et les grands motifs d’Hyrule, du plateau du Prélude aux villages ;
  • Les musiques de combat, de sanctuaires et des Créatures Divines ;
  • Un livret et des visuels d’archives issus du studio de développement.

Pour qui a passé des dizaines d’heures à parcourir Hyrule, réécouter ces morceaux en vinyle relève autant de la madeleine que de la découverte. Et pour les autres, c’est l’occasion d’entendre autrement une partition majeure du XXIe siècle : un disque de référence à ranger entre les grandes bandes originales de cinéma et les albums d’ambient les plus délicats.

Côté collection, l’édition se distingue par son ambition : le coffret de luxe et son pressage en huit disques visent clairement l’amateur qui veut l’intégralité de la partition, quand une version plus resserrée suffira à celui qui cherche d’abord les grands thèmes. Dans les deux cas, l’intérêt du vinyle n’est pas seulement esthétique : le remastering pensé pour le format et la gravure soignée redonnent de l’air à des musiques conçues, à l’origine, pour de petits haut-parleurs de console. Sur une bonne platine, les nappes respirent, le piano gagne en présence, et l’on redécouvre des détails de production qui passaient inaperçus manette en main. C’est peut-être là le vrai luxe de ce coffret : transformer une musique d’accompagnement en objet d’écoute à part entière.

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