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Pochette de « Mule », le quatrième album d'Orville Peck. Warner Records

Il avance toujours le visage dissimulé derrière ses franges de cuir, mais sa voix, elle, n’a jamais été aussi à découvert. Orville Peck, la figure la plus singulière de la country d’aujourd’hui, vient d’annoncer « Mule », son quatrième album studio. La sortie est fixée au 18 septembre chez Warner Records, et deux morceaux sont déjà disponibles pour en tracer les contours.

Un album sur l’addiction et la reconstruction

« Mule » se présente comme le disque le plus personnel de toute sa carrière. Ses treize chansons racontent, presque comme un journal tenu au jour le jour, l’année qui a bouleversé la vie de l’artiste : la spirale de l’addiction, la difficulté du chemin vers la sobriété, puis la lente et incertaine reconstruction de soi. Là où ses précédents albums cultivaient le mystère du personnage, celui-ci choisit la mise à nu.

Le titre lui-même dit quelque chose de cette traversée : la mule, bête de somme qui porte sa charge, avance tête baissée et finit malgré tout par tenir debout. Orville Peck y déroule un récit chronologique, du plus sombre vers la lumière, sans jamais chercher à enjoliver ce qu’il a vécu. C’est un disque de survivant, autant qu’un disque de country.

Pour un genre encore souvent associé à une Amérique conservatrice, le geste n’a rien d’anodin. En parlant ouvertement de dépendance et de rechute, Orville Peck prolonge l’une des plus vieilles traditions de la country, celle des chansons qui regardent la douleur en face, tout en la déplaçant sur un terrain résolument contemporain. Le masque, paradoxalement, semble lui avoir donné la liberté de tout dire.

Pochette du single Too Little, Too Late d'Orville Peck

Deux titres pour ouvrir la voie

Pour lancer l’album, l’artiste a dévoilé deux morceaux au climat opposé. « Too Little, Too Late », le single principal, est le plus direct : un galop country-pop nerveux, taillé pour la scène, qui claque comme une porte que l’on referme derrière soi.

À l’autre bout, « Prologue (Eulogy Of A Man Turned Mule) » ouvre le disque comme une scène de cinéma. Le morceau réunit rien de moins qu’Emmylou Harris, voix immense de la country américaine, aux côtés de Noah Cyrus et d’Allison Russell. Trois présences qui accompagnent, en creux, le récit d’un homme au bord du gouffre, et donnent d’emblée à « Mule » une gravité de grand disque.

Pochette du morceau Prologue (Eulogy Of A Man Turned Mule)

La tournée « Man Turned Mule »

Le retour d’Orville Peck passera aussi par la route. Sa tournée nord-américaine, baptisée « Man Turned Mule », débutera le 28 octobre à Sacramento, en Californie, et se prolongera jusqu’au 22 novembre dans l’État de New York. Une série de concerts pensée comme le prolongement direct de l’album, où l’intime se rejoue à voix haute, chaque soir, devant une salle.

Sur scène, Orville Peck a bâti sa réputation sur un mélange rare de théâtralité et de sincérité, entre décorum de western et confidences à cœur ouvert. Porter devant le public les chansons les plus fragiles de « Mule » devrait pousser ce contraste encore plus loin, et confronter le personnage masqué à la vérité toute nue de ses textes.

Un cow-boy masqué qui ne ralentit pas

En quelques années, Orville Peck s’est imposé comme un ovni parfaitement assumé : un crooner masqué qui a fait entrer la country dans des territoires qu’elle fréquentait peu, entre imaginaire du western, grand romantisme et esthétique queer revendiquée. Après « Pony » (2019), « Bronco » (2022) et « Appaloosa » (2025), « Mule » confirme un rythme de sortie soutenu et une ambition qui ne faiblit pas.

Le masque, justement, n’a jamais été un simple accessoire de scène. Il protège l’homme, brouille les frontières entre le personnage et l’artiste, et permet à ce dernier de se raconter sans se livrer tout à fait. Sur « Mule », cette mécanique se renverse : le costume reste, mais le récit, lui, se fait brutalement honnête. C’est sans doute ce qui rend l’album si attendu.

Reste désormais à écouter l’album dans son entier, le 18 septembre, pour mesurer l’ampleur du geste. En attendant, ses deux premiers extraits rejoignent déjà les titres à écouter cette semaine et donnent le ton d’un disque qui s’annonce comme le plus habité de sa discographie.