Pochette de « Distance in Static ». © Ninja Tune
Il y a des artistes qui font le tour du monde pour vendre des disques, et d’autres qui le font pour les fabriquer. Bonobo, de son vrai nom Simon Green, appartient clairement à la seconde catégorie. Le producteur britannique a publié ce vendredi 11 septembre 2026 « Distance in Static », son huitième album studio, chez Ninja Tune. Un disque enregistré aux quatre coins de la planète et pensé comme un long voyage, où chaque morceau semble venir d’un fuseau horaire différent.
Un album né sur la route
Quatre ans après « Fragments », l’album qui avait élargi son public bien au-delà des seuls amateurs d’électronique, Simon Green a repris la route. « Distance in Static » a été façonné dans plusieurs studios répartis sur plusieurs continents, avec une étape marquante : le Broken Arrow Ranch de Neil Young, en Californie, où une partie des sessions a été captée. Le titre de l’album dit assez bien le projet : la distance, l’éloignement, le grésillement d’un signal qui traverse le monde pour vous parvenir.
Cette façon de travailler n’a rien d’un caprice de globe-trotteur. Depuis une vingtaine d’années, Bonobo construit une musique de textures : nappes de cordes, percussions organiques, basses profondes et voix traitées comme des instruments. En allant chercher des ambiances aux quatre coins du monde, il nourrit ce vocabulaire d’une matière sonore que l’on ne trouve pas dans un seul studio londonien. On retrouve cette patience d’artisan sur chaque plage du disque, où rien ne semble laissé au hasard.

Une pluie de voix invitées
La grande affaire de « Distance in Static », c’est la liste de ses invitées. Bonobo a toujours aimé faire chanter les autres, mais il pousse cette fois le principe très loin. On y entend la Britannique Joy Crookes, la chanteuse anglaise Nilüfer Yanya, la Japonaise Ichiko Aoba, la Pakistanaise Arooj Aftab, ou encore Nicole Miglis du groupe Hundred Waters et la jeune Aanya Martin. Chacune apporte sa langue, son grain de voix et sa culture, et transforme le disque en une sorte de tour du monde chanté.
Le premier extrait, « Always on Your Side », dévoilé début août avec un clip, donne le ton. Porté par la voix soul de Joy Crookes, le morceau avance à pas feutrés, entre trip-hop nostalgique et pop de chambre. D’autres titres tirent vers des terrains plus rythmés : « Talk to Me », construit autour de Nicole Miglis, lorgne du côté de la UK garage et du 2-step, ces styles de dancefloor londoniens que Bonobo n’avait jamais autant assumés.

Le grand écart, toujours
La critique, elle, se montre partagée. Certains saluent un disque ample et généreux, une invitation à entrer dans un monde ; d’autres regrettent que Bonobo ne prenne pas davantage de risques, comme s’il maîtrisait trop bien sa formule pour se mettre vraiment en danger. Le reproche n’est pas nouveau, et il en dit surtout long sur les attentes qu’un artiste de cette envergure suscite désormais.
Reste que « Distance in Static » confirme la place à part de Bonobo dans le paysage électronique. Peu de producteurs parviennent à remplir des salles immenses avec une musique aussi peu tapageuse, jouée le plus souvent avec un véritable groupe sur scène. À la croisée du club, du concert et de l’écoute au casque, Simon Green a trouvé un équilibre rare : un huitième album qui, sans révolutionner sa méthode, prouve une nouvelle fois que l’attente en valait la peine.
En attendant de retrouver ces morceaux sur scène, voici « Drift », l’un des autres extraits du disque, dans sa version clippée.
