Mike D, Thank You (Capitol Records)
On croyait la page tournée pour de bon. Depuis la disparition d’Adam Yauch, alias MCA, en 2012, les Beastie Boys s’étaient tus, fidèles à leur promesse de ne jamais continuer le groupe sans lui. Mike D, de son vrai nom Michael Diamond, vient pourtant de franchir un cap qu’aucun des trois New-Yorkais n’avait osé de son vivant : publier un album solo. Baptisé « Thank You » et sorti le 28 août chez Capitol, c’est le tout premier disque signé en solitaire par un Beastie Boy, et la première musique inédite issue de ce cercle depuis une quinzaine d’années.
Petit rappel pour ceux qui n’ont pas grandi avec eux : les Beastie Boys sont l’un des groupes les plus influents de l’histoire du hip-hop. Trois gamins de New York, blancs et venus du punk, qui ont bousculé le rap à la fin des années 1980 avec « Licensed to Ill », puis inventé un savant bricolage de samples, de guitares et d’humour potache sur des classiques comme « Paul’s Boutique » ou « Check Your Head ». Adam Yauch (MCA), Adam Horovitz (Ad-Rock) et Mike D formaient un trio indissociable, jusqu’à ce que le cancer emporte le premier et mette un point final à l’aventure commune.
Un disque de deuil, de gratitude et de transmission
Le titre n’a rien d’anodin. « Thank You » se lit comme une longue lettre de remerciement : à la vie, aux amis disparus, et surtout à Yauch, dont l’ombre plane sur l’ensemble du projet. Mike D a enregistré la plupart de ces morceaux dans le studio maison qu’il partage avec ses deux fils, Davis et Skyler, transformant l’exercice solo en affaire de famille. Là où l’on aurait pu attendre un disque nostalgique, l’album cherche plutôt à regarder devant : celui qui fut longtemps le batteur et l’un des trois MC du trio y assume enfin une voix bien à lui, sans les deux compères qui répondaient à chacune de ses phrases.
Quatre singles pour baliser le retour
Le come-back ne s’est pas fait dans le silence. Quatre extraits ont préparé le terrain au fil de l’année : « Switch Up », « What We Got », « True Colors » et « Crypto », qui donnent le ton d’un album de treize titres, à la fois nerveux et introspectif. Mike D a même défendu « Switch Up » à la télévision britannique, sur la scène d’un célèbre plateau musical, preuve que le projet vise large et pas seulement les nostalgiques des années 1990. On y retrouve l’humour, le sens du sample et le phrasé décalé qui ont fait la marque de fabrique du groupe, mais recentrés autour d’un seul homme.
La tournée « Mike D 5D » enchaîne aussitôt
Comme pour prouver que « Thank You » n’est pas un simple caprice de studio, Mike D repart sur les routes dans la foulée. Sa tournée, baptisée Mike D 5D Tour, s’ouvre dès le 30 août à Boston et court jusqu’au 5 novembre à Bruxelles, avec un parcours qui traverse les États-Unis avant de passer par l’Europe. De quoi tester en conditions réelles des morceaux pensés d’abord pour l’intime, et offrir aux fans un premier face-à-face avec un Beastie Boy en solo, situation totalement inédite.
Un retour qui compte
Au-delà de la curiosité, « Thank You » a une vraie valeur symbolique. Il rejoint la petite famille des disques où un membre historique d’un groupe culte se lance seul, longtemps après l’heure de gloire collective, comme le premier album solo de Tony Iommi. L’accueil critique, plutôt favorable, salue un album sincère plus qu’un exercice de style. Pour un public qui a grandi avec « Sabotage » ou « Intergalactic », c’est surtout l’occasion de retrouver une voix que l’on croyait rangée pour toujours, et de mesurer ce qu’il reste, en 2026, de l’esprit Beastie Boys.
