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Voilà un virage que personne n’attendait aussi net. Le 21 août 2026, Brandon Flowers, voix et visage de The Killers, a publié « THRASHER », son troisième album solo et le premier depuis plus de dix ans. Exit les synthétiseurs de stade et les refrains taillés pour les festivals : ici, le chanteur du Nevada plonge à corps perdu dans la country, celle qu’il écoutait enfant en voiture avec son père.

Retour aux sources, direction Nashville

Après « Flamingo » (2010) et « The Desired Effect » (2015), Brandon Flowers avait laissé son projet solo en sommeil pour se consacrer à The Killers. « THRASHER » rompt ce silence de onze ans par un geste radical : un disque de country assumée, enregistré à Nashville, loin des néons de Las Vegas qui irriguent d’ordinaire son écriture. Le chanteur y revient sur son enfance à Nephi, petite ville de l’Utah, sur son père et sur les longues routes parcourues au son de Johnny Cash et Waylon Jennings. C’est un album de mémoire autant que de musique.

Pour l’accompagner, Flowers s’est entouré d’artisans du son de Nashville. La production a été confiée à Shawn Everett et Jonathan Rado, et l’on croise au générique des musiciens de premier plan : le guitariste David Rawlings, le pedal steel de Bruce Bouton et l’harmonica de la légende Charlie McCoy. Autant de signatures qui ancrent le disque dans une tradition américaine, sans jamais verser dans la carte postale.

Ce choix n’a rien d’un caprice de star en quête de nouveauté. Depuis des années, Brandon Flowers confiait son goût pour ces racines-là, cette Amérique des grands espaces et des chansons qui prennent le temps de raconter. « THRASHER » ressemble donc moins à une rupture qu’à un retour attendu, celui d’un artiste qui s’autorise enfin à écrire la musique de son enfance plutôt que celle que l’on attend de lui.

Brandon Flowers sur scène
Brandon Flowers, voix de The Killers, signe son album le plus intime.

Un disque intime, une réception partagée

Porté par des titres comme « Does It Ever Cross Your Mind? », qui ouvre l’album, et le single « Plans », « THRASHER » mise tout sur le récit et le grain de la voix plutôt que sur l’ampleur sonore. Le résultat est un Brandon Flowers plus nu, plus proche, qui raconte plutôt qu’il ne proclame. Les habitués des envolées de The Killers pourront être déroutés ; ceux qui suivent l’homme derrière le groupe y verront sans doute son album le plus sincère.

La réception, elle, est loin d’être unanime. Une partie de la critique salue un disque émouvant, drôle par endroits, servi par une écriture soignée ; une autre juge le passage à la country parfois un peu forcé, et regrette que la puissance vocale du chanteur convienne mieux au rock qu’à la retenue exigée par le genre. Ce débat, au fond, dit surtout l’ambition du projet : Flowers ne se contente pas d’un exercice de style, il tente une mue.

Ce que dit ce virage

En quittant l’esthétique clinquante de ses débuts solo pour la sobriété de Nashville, Brandon Flowers rejoint une longue liste de figures pop et rock parties chercher, dans la country, une vérité plus brute. Le mouvement n’est pas anodin dans un paysage où le genre n’a jamais autant dominé les classements mondiaux. Pour The Killers, dont l’avenir reste ouvert, ce disque solo fait figure de respiration : le temps d’un album, leur chanteur a rangé la panoplie du showman pour endosser celle du conteur.

À l’image d’autres retours marquants de l’été, comme celui de Weezer avec « The Gold Album », « THRASHER » rappelle que les artistes installés cherchent encore à se surprendre. Reste à voir si le public suivra Brandon Flowers sur ces routes de terre. La performance live de « Plans », captée dans les studios historiques RCA de Nashville, donne déjà une idée de la couleur de ce nouveau chapitre.