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Amy Winehouse — Island Records

Il y a des disques que l’on n’a jamais fini d’écouter. « Back to Black », deuxième et dernier album studio d’Amy Winehouse, en fait partie. Paru le 27 octobre 2006, il fête cette année ses vingt ans — et il reste, deux décennies plus tard, l’un des vinyles les plus essentiels que l’on puisse ranger dans sa collection. C’est notre vinyle de la semaine.

Un disque né d’un cœur brisé et d’un amour de la soul

Au milieu des années 2000, Amy Winehouse est une jeune chanteuse londonienne au premier album jazzy remarqué, « Frank », mais encore loin du statut d’icône. Tout bascule avec une rupture amoureuse et une rencontre décisive : celle du producteur Mark Ronson, qui partage avec elle une passion pour la soul et les girl groups des années 1960. Avec l’autre artisan du disque, Salaam Remi, ils entourent la voix d’Amy des musiciens new-yorkais des Dap-Kings, spécialistes d’un son soul vintage enregistré à l’ancienne.

Le résultat est un album qui sonne comme un 45 tours des années Motown ou Stax, mais dont les textes, eux, sont d’une modernité brutale : l’alcool, la dépendance, les amours toxiques, la douleur. Cette tension entre l’écrin rétro et la crudité des paroles est exactement ce qui fait la singularité de « Back to Black ». Amy Winehouse ne joue pas la nostalgie : elle utilise le vocabulaire de la soul classique pour raconter sa vie, sans filtre.

Il y a aussi, bien sûr, la voix. Ce contralto grave et ductile, capable de passer du murmure blessé à l’éclat rageur en une phrase, a immédiatement fait penser aux grandes dames du jazz vocal, de Billie Holiday à Sarah Vaughan. À cela s’ajoute une silhouette devenue iconographie pop à part entière : la choucroute noire, le trait d’eye-liner, l’attitude de gamine de Camden. Amy Winehouse n’était pas seulement une chanteuse ; c’était un personnage entier, et « Back to Black » en est le portrait sonore le plus juste.

« Rehab », l’étincelle

Impossible de parler de cet album sans commencer par « Rehab ». Premier single, sorti quelques jours avant l’album, le morceau raconte, sur un groove irrésistible, le refus d’Amy d’entrer en cure de désintoxication. Le refrain — « they tried to make me go to rehab, I said no, no, no » — devient instantanément culte et propulse la chanteuse au sommet, de Londres à New York. C’est le titre qui a fait basculer sa carrière et, avec le recul, l’un des morceaux les plus emblématiques de toute la décennie 2000.

Une production analogique taillée pour le vinyle

C’est là que le format vinyle prend tout son sens. « Back to Black » a été pensé et enregistré avec une esthétique analogique : cuivres chauds, cordes, batteries feutrées, basses rondes des Dap-Kings. Sur une platine, cette matière sonore respire différemment — la voix d’Amy, ses graves veloutés comme ses éclats rauques, gagne en présence et en grain. Ce n’est pas un hasard si le disque est resté, année après année, l’une des rééditions vinyle les plus vendues : il a été conçu pour ce support.

L’objet lui-même est devenu un classique des bacs, régulièrement repressé, y compris en éditions de couleur pour les collectionneurs. Mais même dans sa version noire standard, c’est un pressage que tout amateur de soul devrait posséder.

« Back to Black », le sommet du disque

Au cœur de l’album, le morceau-titre est peut-être son point culminant. « Back to Black » est une marche funèbre soul, dramatique et somptueuse, où Amy chante le retour au noir après une rupture. Le clip en noir et blanc, réalisé par Phil Griffin, en a fixé l’image pour toujours. Autour de ce sommet, l’album ne faiblit jamais : « You Know I’m No Good », « Love Is a Losing Game », « Tears Dry on Their Own » ou « Wake Up Alone » composent une suite d’une cohérence rare, sans le moindre temps mort sur onze titres.

Vingt ans plus tard : un héritage intact

Les chiffres disent une partie de l’histoire : environ vingt millions d’exemplaires écoulés dans le monde et cinq Grammy Awards raflés en 2008, dont ceux de l’enregistrement et de la chanson de l’année pour « Rehab ». Mais l’influence de « Back to Black » dépasse les récompenses. En rouvrant grand la porte de la soul dans la pop mainstream, l’album a ouvert la voie à toute une vague de voix féminines britanniques dans les années qui ont suivi.

La disparition d’Amy Winehouse en juillet 2011, à seulement 27 ans, a figé ce disque dans une aura particulière : celle d’un chef-d’œuvre resté sans suite, le testament d’un talent immense parti trop tôt. Vingt ans après sa sortie, « Back to Black » n’a rien perdu de sa force. Si l’on ne devait garder qu’un seul disque de soul moderne dans sa collection de vinyles, ce serait probablement celui-là. Pour prolonger l’écoute, on pourra aussi (re)découvrir d’autres pièces de collection chroniquées ici, du posthume « Timeless » de Prince à notre précédent vinyle signé Rolling Stones.

La tracklist

  • Rehab
  • You Know I’m No Good
  • Me & Mr Jones
  • Just Friends
  • Back to Black
  • Love Is a Losing Game
  • Tears Dry on Their Own
  • Wake Up Alone
  • Some Unholy War
  • He Can Only Hold Her
  • Addicted

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