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The No Comprendo, album des Rita Mitsouko (Because Music).

Il y a des disques qu’on n’écoute plus vraiment pour la nouveauté, mais pour retrouver intact un choc d’époque. « The No Comprendo » des Rita Mitsouko en fait partie. Sorti en septembre 1986 chez Virgin, l’album est aujourd’hui disponible en vinyle grâce à une réédition remasterisée publiée par Because Music : pressage 140 grammes, pochette intérieure imprimée, et le disque accompagné de son CD. De quoi justifier une place dans la collection, trente-neuf ans après sa sortie originale.

Un deuxième album qui change tout

Catherine Ringer et Fred Chichin ne sont alors pas des inconnus : leur premier album éponyme, sorti en 1984, avait déjà installé leur univers décalé, entre pop, rock et touches de musiques du monde, porté par le titre « Marcia Baïla ». Mais c’est « The No Comprendo » qui transforme le duo en phénomène vraiment populaire, au-delà du cercle déjà conquis. Le disque est coproduit avec Tony Visconti, déjà connu pour son travail avec David Bowie et T. Rex, ce qui donne au son du groupe une ampleur et une précision inédites par rapport au premier album, plus brut. Dix titres composent l’album, de l’ouverture avec « Les Histoires d’A. » jusqu’à « Nuit d’ivresse ».

Trois singles en sont extraits et deviennent des incontournables de la pop française : « Les Histoires d’A. », « C’est comme ça » et surtout « Andy », porté par un clip aux costumes stylisés et aux effets visuels alors très travaillés pour l’époque. Le titre « Andy » a d’ailleurs connu un regain d’attention récent : il a été joué lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024, preuve que ces chansons n’ont jamais vraiment quitté la mémoire collective française, bien au-delà du public qui a connu l’album à sa sortie.

« Les Histoires d’A. », le titre qui ouvre le bal

Premier extrait de l’album, « Les Histoires d’A. » donne le ton dès les premières secondes : une rythmique nerveuse, la voix si particulière de Catherine Ringer, et ce mélange d’humour noir et de sensualité qui deviendra la signature du groupe. Le titre joue sur les sonorités et les doubles sens, une marque de fabrique de l’écriture du duo que l’on retrouvera sur la quasi-totalité de leur discographie. Le clip, réalisé par Jean-Baptiste Mondino comme celui de « C’est comme ça », installe d’emblée l’esthétique visuelle très marquée des Rita Mitsouko, à une époque où le clip devenait un format à part entière de la pop française, porté aussi par des artistes comme Mylène Farmer ou Indochine, qui construisaient alors leur propre univers visuel au même moment.

Dix titres, un seul souffle

Au-delà des trois singles, l’album tient aussi par ses titres moins mis en avant à l’époque, qui donnent à l’ensemble une cohérence rare pour un disque pop des années 1980 : « Fairly Nearly », « Y’a d’la haine », « C’était un homme » ou encore « Dis-moi des mots » complètent une tracklist pensée comme un vrai parcours de face A à face B, plutôt que comme un empilement de singles entourés de remplissage. C’est ce souci de cohérence d’ensemble, assez rare pour l’époque, qui explique pourquoi l’album continue de s’écouter en entier plutôt que titre par titre.

Pourquoi ce pressage plutôt qu’un autre

L’édition vinyle proposée aujourd’hui n’est pas une réédition minimaliste. Le remastering a été effectué à partir des bandes originales, et le format LP + CD permet de profiter du grain du vinyle tout en gardant une version numérique sous la main pour une écoute plus pratique au quotidien. La pochette, dessinée par Yves Méry à partir d’une photographie de Brett Walker, reste fidèle à l’édition d’origine sur le label Virgin, référence LP 70465 à l’époque. C’est précisément ce type de travail de réédition, respectueux du disque d’origine sans chercher à le retravailler à outrance ni à le noyer sous des bonus superflus, qui justifie qu’on investisse dans un pressage plutôt que de se contenter du streaming.

Sur le fond, « The No Comprendo » reste un album charnière pour comprendre la pop française des années 1980 : il prouve qu’on pouvait alors conquérir un public large sans renoncer à l’étrangeté, à l’expérimentation et à un sens de l’image totalement assumé. Les Rita Mitsouko y posent les bases d’une discographie qui ira ensuite chercher d’autres détours, de « Marc & Robert » en 1988 jusqu’au featuring improbable avec Doc Gynéco sur « Riche » bien plus tard, sans jamais perdre cette identité instantanément reconnaissable construite ici, dès ce deuxième album.

Une place à part dans le patrimoine français

Le format vinyle a toujours ses adeptes, et un disque comme celui-ci a tout pour y trouver une place naturelle : une pochette iconique, un son pensé pour être écouté dans la continuité d’une face, et des chansons qui tiennent trente-neuf ans plus tard sans paraître datées. C’est aussi l’un des rares albums français de cette décennie à avoir, depuis, traversé les générations sans jamais vraiment sortir des mémoires, entre passages réguliers en radio, reprises éparses par d’autres artistes au fil des années, et ce retour inattendu sur la scène olympique parisienne qui a rappelé à tout un pays la puissance mélodique du morceau.

Pour qui découvre les Rita Mitsouko par leurs tubes les plus connus, « The No Comprendo » est l’endroit où commencer : c’est le disque où tout se met en place, entre une écriture mordante, une production qui n’a pas pris une ride, et un duo qui n’a jamais autant ressemblé à ce qu’il deviendrait pour le reste de sa carrière. Trente-neuf ans après, ce pressage remasterisé reste l’une des manières les plus honnêtes de redécouvrir ce moment précis de la pop française.

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