Le 12 août 2026, l’Islande a vécu une journée hors du commun. Pendant que la Lune masquait le Soleil au-dessus de l’Atlantique Nord, Björk a réuni public, musiciens et plasticiens autour d’un même geste : faire d’une éclipse solaire totale un concert à ciel ouvert. Baptisé Echolalia, l’événement prolonge l’exposition que la chanteuse islandaise présente cet été à Reykjavík, et confirme la nouvelle que ses fidèles attendaient : un nouvel album est en route, annoncé pour 2027.
Une éclipse transformée en cérémonie musicale
Tout s’est joué à Víðistaðatún, un parc de Hafnarfjörður, dans la banlieue de Reykjavík. Le principe était aussi simple qu’audacieux : caler la programmation sur le calendrier céleste. Pendant près de deux heures, le site s’est trouvé plongé dans la pénombre laiteuse d’une éclipse partielle, avant une minute de totalité — ce moment suspendu où la Lune recouvre entièrement le Soleil et où le jour bascule dans la nuit.
Pour accompagner ce phénomène rare, Björk a composé un plateau taillé pour la transe collective plutôt que pour le tube :
- un DJ set de Björk elle-même ;
- un DJ set d’Arca, complice de longue date et figure de l’électronique la plus aventureuse ;
- les artistes islandais Ronja et sideproject, d’autres noms restant à annoncer.
La date faisait aussi office d’anniversaire : celui des quarante ans de Smekkleysa (« Bad Taste »), le label indépendant fondé par Björk et ses complices des Sugarcubes, matrice de toute une scène islandaise. Difficile de résumer plus joliment un parcours : quatre décennies après avoir bousculé les codes, l’artiste continue de faire de la marge un centre de gravité.
Echolalia : une exposition qui met la voix en scène

Le concert n’est que la partie visible d’un projet plus vaste. Depuis le 30 mai, et jusqu’au 20 septembre 2026, la National Gallery of Iceland consacre ses quatre galeries à Echolalia, une exposition immersive qui déploie trois œuvres sonores à l’échelle théâtrale. Deux d’entre elles, Ancestress et Sorrowful Soil, sont des chansons de l’album Fossora (2022) écrites en hommage à la mère de l’artiste, disparue en 2018 ; elles reçoivent ici la mise en scène monumentale que Björk rêvait de leur offrir. La troisième est une création inédite, tirée de son prochain disque.
L’artiste a tenu à lever une ambiguïté : Echolalia n’est pas le titre du futur album, mais le nom-chapiteau de l’exposition — un cadre qui réunit d’anciennes pièces et de la musique neuve. La nuance dit beaucoup de sa méthode, où la scène, l’image et le son avancent d’un même pas, sans hiérarchie.
Un nouvel album attendu pour 2027
C’est l’information que retiendront ceux qui suivent sa discographie : après Fossora, paru en 2022, Björk prépare bien un nouvel album, désormais annoncé pour 2027. L’exposition islandaise en offre un premier fragment, et les installations doivent ensuite voyager pendant deux ans dans quelques villes, dont Paris. Autrement dit, la sortie ne sera pas un simple disque lâché dans le flux : elle s’inscrit dans un dispositif au long cours, pensé comme une traversée entre musées, salles et paysages.
Une manière de rester à part
En trois décennies, Björk aura imposé une évidence : sa musique ne se sépare jamais tout à fait de l’image et de la nature. En transformant une éclipse en rendez-vous, elle rappelle ce qui la distingue de la plupart des grandes voix pop — une capacité à faire événement sans céder au spectaculaire facile, à rassembler autour d’une émotion plutôt que d’un simple effet. Sa filiation avec les figures les plus libres de l’électronique, de la scène qui a porté Kavinsky aux expérimentations pop les plus radicales façon COBRAH, se lit dans ce goût du rituel et de la sensation partagée.
Reste maintenant à écouter. Le concert islandais et l’exposition dessinent les contours d’un cycle ; l’album de 2027 en donnera la couleur. En attendant, on peut réécouter Ancestress, ce chant bouleversant dédié à sa mère qui, aujourd’hui, prend une profondeur nouvelle.







