L'Absente — Yann Tiersen
Vingt-cinq ans après sa sortie, « L’Absente » de Yann Tiersen s’offre une seconde vie sur platine. Le quatrième album studio du compositeur breton ressort en vinyle de couleur pour son anniversaire, disponible neuf depuis le 28 août 2026. L’occasion rêvée de redécouvrir un disque foisonnant, longtemps resté dans l’ombre de la bande originale qui allait faire de Tiersen une star planétaire.
2001, l’année Yann Tiersen
Publié le 5 juin 2001 chez EMI France, « L’Absente » arrive à un moment charnière. Tiersen travaille alors en parallèle sur la musique du « Fabuleux Destin d’Amélie Poulain », qui va connaître un succès mondial et populariser son piano et son accordéon jusque dans les salons du monde entier. « L’Absente » est le versant plus personnel et plus ambitieux de cette même période : un album d’auteur, plus sombre, plus orchestral, qui déborde largement le cadre de la simple musique d’illustration.
Pour comprendre ce disque, il faut se rappeler qui est Yann Tiersen. Breton, multi-instrumentiste passé par le violon et le piano classiques avant de bifurquer vers une musique plus libre, il s’est fait connaître dans les années 1990 avec des albums de miniatures instrumentales, entre valse musette, minimalisme et rock. Insaisissable, il n’a jamais cessé de brouiller les pistes entre musique savante et musique populaire, refusant l’étiquette de simple « compositeur de bande-originale » que le succès d’« Amélie » a parfois voulu lui coller. « L’Absente » est, à ce titre, l’un de ses disques les plus révélateurs : celui où il pousse le plus loin son ambition d’orchestrateur.
Un cabinet de curiosités sonore
Ce qui frappe d’abord, c’est la variété des matières. Fidèle à sa réputation de bricoleur de génie, Tiersen y convoque une instrumentation atypique : on y entend jusqu’à une machine à écrire et une casserole détournées en percussions. Autour de lui, l’Ensemble Orchestral Synaxis et ses trente-cinq musiciens apportent l’ampleur symphonique, tandis que l’ondiste Christine Ott fait chanter les ondes Martenot, cet instrument électronique au timbre spectral. Cette manière d’assembler des sons pauvres et des moyens somptueux, l’objet du quotidien et l’orchestre au grand complet, est l’une des signatures de Tiersen : elle donne à sa musique une dimension à la fois artisanale et cinématographique. Résultat : un disque qui passe du minuscule au grandiose sans jamais perdre le fil.
Une galerie d’invités
« L’Absente » est aussi un album de rencontres. Le chanteur Dominique A pose sa voix sur « Bagatelle », l’Américaine Lisa Germano illumine « La Parade » et « Le Méridien », l’Irlandais Neil Hannon (The Divine Comedy) prête son timbre à « Les Jours tristes », tandis que Les Têtes Raides et l’actrice Natacha Régnier complètent ce casting éclectique. Ces collaborations donnent au disque sa couleur particulière : celle d’un objet de chanson autant que de musique instrumentale, à la croisée des mondes.
À l’écoute, quelques pièces résument à elles seules l’esprit du disque. Le morceau-titre, « L’Absente », déploie une mélancolie lumineuse très reconnaissable ; « Les Jours tristes », porté par la voix de Neil Hannon, en offre une version chantée qui deviendra l’un des titres les plus repris de l’album ; et le long « Le Retour », en clôture, laisse l’orchestre prendre toute la place pour finir en apothéose. Entre ces sommets, les instrumentaux plus brefs fonctionnent comme des vignettes, chaque titre esquissant une scène, une humeur, un décor. C’est cette narration sans paroles, très cinématographique, qui donne au disque son unité malgré la diversité des styles convoqués.
La tracklist
- À quai
- La Parade (avec Lisa Germano)
- Bagatelle (avec Dominique A)
- L’Absente
- Le Jour d’avant (avec Les Têtes Raides)
- Les Jours tristes (avec Neil Hannon)
- L’Échec (avec Natacha Régnier)
- La Lettre d’explication (avec Les Têtes Raides)
- Qu’en reste-t-il ?
- Le Méridien (avec Lisa Germano)
- Le Concert (avec Natacha Régnier)
- Le Retour
Le vinyle, format idéal pour ce disque
Le retour en grâce du microsillon, qui ne se dément pas depuis plusieurs années, profite particulièrement à ce genre de répertoire. Un album aussi soigné dans ses textures et ses nuances gagne à être écouté sur un support qui invite à la patience : on pose la galette, on suit la séquence des morceaux comme le compositeur l’a pensée, sans la tentation du saut de piste. La pochette et le livret y retrouvent aussi leur rôle d’objet, loin de la vignette minuscule des plateformes. Pour un disque de cette exigence, le pressage de couleur n’est donc pas qu’un argument de collection : c’est une manière de rendre justice à la musique.
Pourquoi ce pressage compte
À sa sortie, « L’Absente » avait atteint la 41e place du classement français et décroché un disque d’or, avec cent cinquante mille exemplaires écoulés : un beau succès pour un disque aussi exigeant. Vingt-cinq ans plus tard, cette réédition anniversaire pressée en vinyle de couleur s’adresse évidemment aux amateurs de Tiersen et aux collectionneurs, mais aussi à tous ceux qui n’ont connu le compositeur que par « Amélie » et qui découvriront ici une œuvre bien plus vaste. Disponible neuf, il fait partie de ces disques que l’on garde : un objet à ranger précieusement dans sa collection, à côté des grandes pages de la musique française contemporaine. Vingt-cinq ans après, l’émotion est intacte, et le vinyle lui offre le plus bel écrin que l’on pouvait lui souhaiter.
En tant que Partenaire Amazon, je réalise un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
