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Warp Records

Il y a vingt-cinq ans, Richard D. James clôturait un chapitre de sa carrière avec un geste à son image : déroutant, surabondant, impossible à résumer en une phrase. Drukqs, sorti le 22 octobre 2001 chez Warp Records, ressort aujourd’hui dans une édition anniversaire qui lui offre, pour la toute première fois, un véritable pressage vinyle au format standard. Jusqu’ici, le disque n’avait circulé en vinyle que sous forme d’éditions limitées, rares et hors de prix sur le marché de l’occasion.

Le disque qui a suivi des années de silence

Au moment de la sortie de Drukqs, Richard D. James est déjà une figure incontournable de la musique électronique. Les deux volumes de Selected Ambient Works, sortis au tout début des années 1990, puis le Richard D. James Album et le single « Come to Daddy » lui ont construit une réputation de trublion capable de passer, sur un même disque, de l’ambient le plus apaisant à la techno la plus agressive. Après plusieurs années sans album studio, Drukqs est très attendu : c’est le disque qui doit confirmer, ou pas, qu’Aphex Twin reste la figure la plus imprévisible de sa génération.

Un double album pensé comme un chaos organisé

Drukqs compile trente morceaux enregistrés sur plusieurs années, entre pièces de piano préparé héritées de John Cage, techno acide abrasive et miniatures électroniques presque silencieuses. L’album avait été bouclé dans l’urgence après qu’une disquette contenant une bonne partie de ces morceaux a été retrouvée dans un avion, après avoir été perdue par Aphex Twin lui-même : craignant qu’elle ne tombe dans de mauvaises mains, il avait précipité la sortie d’un disque qui n’était, à l’origine, pas pensé comme un tout cohérent. Ce grand écart permanent entre la douceur mélancolique d’un morceau comme « Avril 14th » et la violence de certains passages plus bruts est resté la signature du disque, et ce qui continue de diviser son public vingt-cinq ans après.

Aphex Twin (Richard D. James) en concert, 2008

Pourquoi ce pressage compte

L’édition du vingt-cinquième anniversaire, publiée le 30 octobre par Warp Records, se décline en 4LP vinyle noir, double CD avec livret de huit pages et double cassette, avec en plus un coffret limité pour les collectionneurs les plus déterminés. Elle ajoute aux trente titres d’origine cinq pièces inédites ou alternatives, parmi lesquelles plusieurs versions retravaillées d’« Avril 14th » à partir des bandes Nagra d’époque, ainsi qu’un morceau totalement inédit, « Mangle 11 ». C’est la première fois que l’intégralité de ce matériel est rassemblée sur un support physique unique, et la première fois que Drukqs existe en vinyle sans qu’il faille débourser plusieurs centaines d’euros pour un pressage d’origine devenu objet de collection.

Parmi les titres qui structurent l’album, on retrouve notamment :

  • Jynweythek
  • Vordhosbn
  • Kladfvgbung Micshk
  • Strotha Tynhe
  • Hy a Scullyas Lyf a Dhagrow
  • Btoum-Roumada
  • Mt Saint Michel + Saint Michaels Mount
  • Rutty Fisben
  • Prep Gwarlek 3b
  • Cornish Acid
  • Bbydhyonchord
  • Z-Twig
  • Beskhu3epyvxhdcq1dhimbleblob1ehora3ycatchmakermeltbysiti
  • Omgyjya-Switch7
  • Avril 14th
  • Father

À sa sortie, l’accueil critique avait été plus partagé que pour les albums précédents d’Aphex Twin : certains saluaient l’ambition et la générosité d’un disque de plus de cent minutes, d’autres regrettaient un geste trop éclaté pour former un ensemble cohérent. Vingt-cinq ans plus tard, c’est justement cette démesure qui est revendiquée comme la force du disque : plutôt que de sélectionner le meilleur d’une décennie de compositions, Richard D. James avait préféré tout donner, sans filtre ni hiérarchie entre les morceaux les plus accessibles et les plus abstraits.

Un disque de référence, vingt-cinq ans après

« Avril 14th » reste, pour beaucoup, la porte d’entrée la plus simple dans l’œuvre d’Aphex Twin : trois minutes de piano délicat, samplées depuis par Kanye West sur « Blame Game », qui ont fini par vivre une existence propre, loin du bruit et de la complexité rythmique qui caractérisent le reste du disque. C’est aussi ce grand écart qui a fait de Drukqs un album culte pour toute une génération d’auditeurs venus de la musique électronique autant que du rock expérimental, et qui continue d’alimenter les discussions sur les forums spécialisés, vingt-cinq ans après sa sortie.

Pour les amateurs de vinyle qui attendaient depuis longtemps une édition accessible de ce disque, cette réédition arrive donc à point nommé. C’est l’occasion de (re)découvrir sur platine un album qui a toujours mieux fonctionné en écoute continue, loin des playlists qui ne gardent généralement de lui que ses titres les plus apaisés.

Le format 4LP permet aussi de retrouver une respiration que le CD, avec ses plages comprimées sur deux disques, ne restituait pas forcément. Écouté face par face, Drukqs se révèle davantage comme une succession de petits mouvements que comme un bloc homogène de cent dix minutes, ce qui change sensiblement la façon de l’appréhender. C’est aussi ce que recherchent, le plus souvent, les auditeurs qui redonnent une seconde vie en vinyle à des disques pensés à l’origine pour le support numérique : une manière différente d’écouter, plus lente et plus attentive, qui convient particulièrement bien à un disque aussi composite que celui-ci.

Reste la question du prix et de la disponibilité, toujours tendue sur ce genre d’édition anniversaire limitée chez Warp Records : les précédentes rééditions du label, comme celles de Selected Ambient Works Volume II, se sont généralement vendues rapidement, avant de redevenir difficiles à trouver au prix d’origine. De quoi inciter les curieux à ne pas trop attendre avant de se pencher sur cette nouvelle édition de Drukqs, si l’envie leur vient de posséder enfin, sur platine, l’un des disques les plus ambitieux et les plus déroutants de toute la discographie d’Aphex Twin.