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Pochette de Trying Times, septieme album de James Blake. Credit : Good Boy Records.

Après « Playing Robots Into Heaven » en 2023, James Blake revient avec « Trying Times », son septième album studio, sorti le 13 mars dernier sur son propre label, Good Boy Records. C’est le premier disque qu’il publie en totale indépendance, après avoir quitté Polydor, la major qui l’accompagnait depuis ses débuts. Un changement de statut qui se ressent dans la musique elle-même : plus libre, plus éclatée, et sans doute plus personnelle que tout ce qu’il a sorti depuis longtemps.

Un disque fait en liberté, produit avec sa compagne

Treize titres, quarante-sept minutes : « Trying Times » ne cherche pas la démonstration. L’album a été produit exécutivement par Jameela Jamil, la compagne de James Blake depuis plusieurs années, une implication rare pour un disque de cette ampleur. Le résultat, selon la plupart des critiques, est le disque le plus divers de sa carrière : on y retrouve l’électronique fragmentée qui a fait sa réputation, mais aussi des incursions plus organiques, plus chantées, plus directement émotionnelles.

Deux invités seulement viennent ponctuer le disque : la chanteuse américaine Monica Martin sur « Didn’t Come to Argue », et le rappeur britannique Dave sur « Doesn’t Just Happen », morceau central de l’album, co-produit avec Dom Maker (du duo Mount Kimbie) et YouthXL. Les deux artistes s’étaient déjà croisés sur « The Boy Who Played the Harp », l’album de Dave sorti en 2025 : cette nouvelle collaboration referme en quelque sorte la boucle.

« Death of Love », ou Leonard Cohen réinventé

Le morceau le plus marquant du disque reste « Death of Love », premier extrait partagé en janvier. James Blake y échantillonne « You Want It Darker », le titre testamentaire de Leonard Cohen paru quelques semaines avant sa mort en 2016. Une sample rarissime : selon Blake lui-même, c’est l’une des seules fois où le fils de Cohen, Adam, qui gère désormais les droits de son père, a donné son accord pour une réutilisation de ce genre. Le titre s’accompagne d’une vidéo de performance live, où Blake chante entouré d’un chœur, dans un décor de bureau volontairement austère qui contraste avec la grandeur du sample.

Deuxième extrait du disque, « I Had a Dream She Took My Hand » prend une direction presque opposée : une pièce de soul électronique fragile, construite autour d’un sample du morceau « It Was Only a Dream » du groupe californien Thee Sinseers. C’est l’un des moments les plus feutrés de l’album, loin de la grandiloquence du titre précédent, et sans doute l’un de ceux qui résument le mieux l’équilibre que cherche Blake sur ce disque : rester reconnaissable, tout en se dérobant sans cesse aux habitudes qu’on lui prête.

James Blake
James Blake, auteur de « Trying Times », son premier album en totale indépendance. Crédit : Good Boy Records.

Treize titres, un vrai disque de rupture

La tracklist complète donne une idée de l’ambition du projet : « Walk Out Music » ouvre le disque, suivi de « Death of Love », « I Had a Dream She Took My Hand », puis le morceau-titre « Trying Times ». Viennent ensuite « Make Something Up », « Didn’t Come to Argue » avec Monica Martin, « Days Go By », « Doesn’t Just Happen » avec Dave, « Obsession », « Rest of Your Life », « Through the High Wire », « Feel It Again », et enfin « Just a Little Higher » en clôture.

  • Walk Out Music
  • Death of Love
  • I Had a Dream She Took My Hand
  • Trying Times
  • Make Something Up
  • Didn’t Come to Argue (feat. Monica Martin)
  • Days Go By
  • Doesn’t Just Happen (feat. Dave)
  • Obsession
  • Rest of Your Life
  • Through the High Wire
  • Feel It Again
  • Just a Little Higher

Pour qui suit James Blake depuis « James Blake » en 2011 ou « Overgrown », disque couronné par le Mercury Prize en 2013, « Trying Times » marque une étape différente : celle d’un artiste qui n’a plus de compte à rendre à un label, et qui s’en sert pour aller chercher des field d’émotions qu’il avait rarement explorées aussi frontalement. La presse spécialisée a plutôt bien reçu le disque, le qualifiant de l’un des plus aboutis de sa discographie récente, porté par une diversité de formes que ses albums précédents n’avaient pas toujours.

Le reste de l’album creuse ce sillon sans jamais se répéter. « Trying Times », le morceau-titre, et « Make Something Up » gardent la structure fragmentée qui a fait la réputation de Blake depuis son premier album éponyme en 2011. « Days Go By » et « Through the High Wire » penchent vers des arrangements plus amples, presque orchestraux par endroits, tandis que « Obsession » et « Feel It Again », deux des titres les plus courts du disque, fonctionnent presque comme des interludes, des respirations entre les morceaux plus construits. « Rest of Your Life » et « Just a Little Higher », qui referme l’album, renouent avec la tonalité introspective qui a toujours été la marque de fabrique de l’artiste, depuis les débuts de sa carrière jusqu’à « Overgrown », son disque couronné par le Mercury Prize en 2013.

Pourquoi ce disque compte

« Trying Times » n’est pas qu’un disque de plus dans une discographie déjà dense : c’est le premier geste pleinement autonome d’un artiste qui a construit, depuis plus de dix ans, l’un des vocabulaires les plus reconnaissables de la musique électronique chantée. Entre un sample de Leonard Cohen qui ne devait presque jamais voir le jour et une collaboration avec Dave qui referme une boucle amicale, le disque tient ensemble des morceaux très différents sans jamais perdre de vue ce qui a toujours fait la singularité de Blake : une voix fragile posée sur des productions qui, elles, ne tremblent jamais.