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ADÉLA — « Prima » (Capitol Records).

Il y a des premiers albums qui ressemblent à des cartes de visite, et d’autres qui claquent comme des prises de pouvoir. « Prima », premier disque de la Slovaque ADÉLA paru le 4 septembre chez Capitol, appartient clairement à la seconde catégorie. Onze titres, une demi-heure au compteur, et l’assurance tranquille d’une artiste de vingt-deux ans persuadée d’être déjà une star. Notre album de la semaine.

Le titre dit tout : « Prima » renvoie à la prima ballerina, le rang le plus élevé qu’une danseuse puisse atteindre. Ambition assumée, donc, pour ce disque de pop tendue, traversée d’électropop et de R&B, où ADÉLA parle sans détour d’insécurités, de relations toxiques, de réussite et de quête d’identité. Le grand écart entre la dureté des productions et la fragilité des textes rappelle, à sa manière, les grands retours pop de la rentrée comme celui d’Ellie Goulding — et c’est précisément ce qui rend l’album si accrocheur.

Une révélation venue de Bratislava, une production de haut vol

ADÉLA n’arrive pas de nulle part, mais presque : c’est bien la première fois qu’une artiste slovaque s’impose à ce niveau sur la scène pop internationale. Pour bâtir « Prima », elle s’est entourée d’une équipe de producteurs qui vaut manifeste. À la barre, le duo formé par Dylan Brady — la moitié du groupe hyperpop 100 gecs, devenu l’un des faiseurs de sons les plus recherchés du moment — et Blake Slatkin, artisan de tubes planétaires. Autour d’eux gravitent The Dare, Cashmere Cat ou encore Julia Michaels. Le résultat : des beats saturés, tranchants, sur lesquels viennent se poser des refrains pop d’une évidence redoutable.

Cette tension permanente — la cogne et la caresse, la provocation et la confidence — traverse tout le disque. « Prima » ne cherche jamais le consensus mou ; il préfère mordre. C’est un album de personnage autant que de chansons, où ADÉLA endosse le rôle de la fille qui a tout compris avant tout le monde, sans jamais tomber dans la caricature.

Le geste est d’autant plus net qu’ADÉLA arrive avec un premier EP nettement plus abrasif dans les oreilles. « Prima » ne renie pas cette énergie brute, mais l’enrobe : les beats cognent toujours, seulement des mélodies plus douces viennent désormais adoucir les angles. C’est cet équilibre — la rage et la pop, la posture et le refrain fédérateur — qui distingue le disque de la masse des débuts hyperpop. Sur scène, la chanteuse a d’ailleurs lancé dans la foulée sa première tournée, baptisée The Red Bottoms Tour, preuve qu’elle entend transformer l’essai sans attendre.

ADELA
ADÉLA (photo promotionnelle).

« Ain’t in LA », le tube qui a tout déclenché

Impossible de parler de « Prima » sans commencer par « Ain’t in LA », le morceau qui a fait basculer la carrière d’ADÉLA. Sorti fin juillet, porté par un clip tourné dans sa ville natale de Bratislava — l’imagerie du rêve américain plaquée à des milliers de kilomètres de Hollywood —, le titre est devenu viral sur TikTok et a fait d’elle la première artiste slovaque à entrer au Billboard Hot 100. Numéro un aux Philippines, Top 5 aux Pays-Bas : la chanson a fait le tour du monde avant même l’album. Son message — l’ambition n’est pas la propriété exclusive de Los Angeles — sonne comme une déclaration d’intention.

« Nicole Kidman », le grand écart pop assumé

L’autre sommet de l’album, c’est « Nicole Kidman », dévoilé le jour de la sortie avec un clip signé Hannah Lux Davis (réalisatrice star du format). ADÉLA y multiplie les clins d’œil aux rôles de l’actrice — de Eyes Wide Shut à Moulin Rouge!, de Birth à Babygirl — pour composer un portrait de femme fatale au second degré. Le clin d’œil a été bien reçu : Nicole Kidman elle-même a choisi une chanson d’ADÉLA pour ses débuts sur TikTok et a annoncé son intention d’assister à l’un de ses concerts. Rares sont les débutantes à décrocher pareil parrainage.

Ce qui frappe, dans ce morceau comme dans le reste de l’album, c’est le sens du personnage. ADÉLA ne se contente pas de chanter : elle met en scène une figure, joue de l’ironie et du glamour comme d’autres jouent de la sincérité. « Nicole Kidman » n’est pas un hommage béat, c’est un jeu de miroirs sur la célébrité, l’image et le désir — le genre de morceau qui prouve qu’une pop star peut être maligne sans cesser d’être immédiatement efficace.

Onze titres, zéro temps mort

Le reste de « Prima » tient la distance sans s’essouffler. « KGB » et « Red Bottoms », premiers extraits, avaient déjà planté le décor : lyrisme acéré, sens de la formule, refrains qui s’accrochent. Entre le clinquant de « Red Bottoms » et l’introspection de « Therapy », l’album dose habilement la bravade et la vulnérabilité. Voici la liste complète :

  • KGB
  • Nicole Kidman
  • I’m the Man
  • Boys
  • Red Bottoms
  • Hitachi
  • Fantasize
  • Starving Artist
  • Marijuana
  • Therapy
  • Ain’t in LA

On peut écouter l’intégralité de « Prima » ci-dessous.

Ce qu’on retiendra

La presse ne s’y est pas trompée. Avec une moyenne de 73 sur Metacritic, « Prima » récolte un accueil globalement favorable, salué aussi bien par Clash (8/10) que par Rolling Stone ou le NME. Billboard résume l’affaire d’une formule : ADÉLA « a mis toute la scène en garde ». Tout n’est pas parfait — la brièveté du disque frustre autant qu’elle électrise, et certains titres carburent surtout à l’attitude —, mais l’essentiel est là : une voix, un univers, une ambition. « Prima » n’est pas la promesse d’une star, c’est déjà son couronnement.