Pochette de l'album « Pylon » de beabadoobee — Dirty Hit / Interscope
Bien connue pour ses débuts en bedroom pop, la Britannico-Philippine beabadoobee s’apprête à publier le disque le plus frontal de sa carrière. Son quatrième album, « Pylon », paraît le 18 septembre 2026 chez Dirty Hit et Interscope, et il marque un virage assumé vers un rock à guitares plus rugueux, hérité des années 1990. Quatorze titres, une distribution d’invités impressionnante et une toute première tournée des arénas dans la foulée : la chanteuse née Beatrice Laus change de dimension.
Un virage vers le rock des années 90
Écrit sur la route, pendant la longue tournée qui a suivi « This Is How Tomorrow Moves » en 2024, « Pylon » assume une couleur nettement plus électrique que les albums précédents. beabadoobee y puise dans le grunge, l’emo du Midwest américain et le rock alternatif qui passait à la radio dans les années 1990, pour un résultat à la fois plus intense et plus direct. Là où ses premiers disques cultivaient la douceur et l’intimité, celui-ci pousse les amplis et laisse la distorsion prendre de la place.
Le premier single, « Sun Has Set », dévoilé en juin, donnait déjà le ton : une pop bruitiste aux réminiscences shoegaze, portée par un clip très années 90 signé Jake Erland. Le titre « Memories », publié fin août, a confirmé cette direction plus brute. Le nom même de l’album renvoie aux pylônes électriques qui strient les paysages du monde entier : pour l’artiste, ces structures sont devenues le symbole d’un lien fragile avec ses proches, alors qu’elle vivait un fort sentiment d’isolement sur la route.

Ce quatrième album prolonge une ascension peu commune. Révélée toute jeune sur internet, beabadoobee est passée en quelques années du statut de phénomène de chambre à celui d’artiste installée, capable de remplir de grandes salles et de fédérer un public fidèle. « Pylon » agit comme une confirmation : celle d’une musicienne qui n’a plus besoin de prouver qu’elle sait écrire des mélodies, et qui choisit désormais d’explorer une matière sonore plus âpre, quitte à bousculer une partie de ses auditeurs.
Une distribution d’invités taillée pour le rock
C’est sans doute le premier argument de « Pylon » : sa liste de featurings, qui ressemble à une réunion de familles du rock alternatif contemporain. Hayley Williams, la voix de Paramore, apparaît sur « Nothing to Prove ». Brendan Yates, chanteur du groupe hardcore Turnstile, prête sa présence à « Powerlines ». On retrouve aussi Chino Moreno, la figure des Deftones, ainsi qu’Evan Stephens Hall de Pinegrove et Shane Moran de Title Fight. Matty Healy et George Daniel, du groupe The 1975, ont pour leur part travaillé sur « Write Me A Letter ».
Ce casting n’a rien d’anodin. En invitant des voix issues du hardcore, du metal alternatif et de l’emo, beabadoobee revendique un ancrage dans une scène rock qu’elle n’avait jamais autant assumée. La démarche rappelle celle d’autres artistes de sa génération qui, après avoir émergé sur les plateformes, reviennent aujourd’hui vers un son de groupe, plus organique. On pense par exemple au retour électrique de Bloc Party ou au deuxième album, plus dense, de Paris Paloma.
Une première tournée des arénas
Le changement d’échelle ne s’arrête pas au disque. beabadoobee entamera le 1er octobre sa toute première tournée dans des salles de type aréna, baptisée « Powerlines Tour », avec des dates prévues en Amérique du Nord, au Royaume-Uni et en Europe. Pour une artiste qui, il y a quelques années encore, publiait des morceaux enregistrés dans sa chambre, franchir le seuil des grandes salles constitue une étape symbolique.
Reste à voir comment ce répertoire plus rugueux prendra vie sur scène, et si le public suivra ce basculement vers le rock. Une chose est sûre : avec « Pylon », beabadoobee ne cherche pas à rassurer, mais à avancer. Le disque paraît le 18 septembre, et il pourrait bien redéfinir la place de la chanteuse dans le paysage du rock alternatif international.
