Après plus de quarante ans à repousser les limites du thrash, Dave Mustaine a décidé de fermer le chapitre Megadeth avec un ultime album. Le leader du groupe explique avoir pris cette décision au moment où son corps a commencé à le trahir, tout en affirmant que ce disque de clôture pourrait rallumer la flamme du metal chez de nombreux auditeurs.
Un dix-septième album conçu comme un adieu assumé
Le groupe de thrash metal a dévoilé son 17e et dernier album un vendredi 23 janvier, marquant la fin d’une période clé de l’histoire du metal. Ce disque, présenté comme une véritable salve finale, mêle riffs lourds et nerveux, textes chargés de colère et passages plus sensibles, traversés par une certaine mélancolie.
Pour Dave Mustaine, l’idée que cet album serait le dernier ne s’est pas imposée dès le départ. C’est en cours de création qu’il a compris qu’il atteignait une limite, notamment à cause de douleurs persistantes et de problèmes physiques déjà anciens.
Quand le corps dit stop : douleurs, arthrite et séquelles d’accidents
Mustaine raconte que le déclic est venu environ à mi-parcours du processus en studio. Ses mains le faisaient souffrir, alors même qu’il gérait déjà des soucis liés à l’arthrite. À cela se sont ajoutées des conséquences d’une blessure au cou : après une fracture provoquée par un chiropracteur, sa nuque a été consolidée par une plaque métallique et des vis, entraînant une perte de sensibilité.
Ces problèmes ne sont pas nouveaux dans son parcours. Il rappelle notamment avoir souffert d’une paralysie du samedi soir au bras gauche, qui l’a privé de guitare pendant environ 17 mois. Incapable de jouer pendant près d’un an et demi, il avait déjà été contraint de mettre sa carrière entre parenthèses.
Malgré tout, il s’était toujours fixé une règle : arrêter lorsque son niveau ne lui permettrait plus d’assumer son rôle à 100 %. En constatant la douleur croissante et la perspective d’une longue tournée à venir, il a préféré affronter cette réalité plutôt que de trahir sa promesse.
Un choix mûri avec son entourage et une sortie « par le haut »
Face à ces difficultés, Mustaine s’est d’abord tourné vers son management, composé de trois personnes, dont son fils Justis Mustaine. Il lui confie alors qu’il ne sait pas combien de temps encore il pourra tenir. Son entourage lui rappelle que la tournée qui doit suivre l’album pourrait durer deux, trois, voire quatre ans, et qu’il serait encore plus âgé à ce moment-là.
Après réflexion, il en parle au reste du groupe. Tous se montrent solidaires. Il insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple ras-le-bol ou d’un refus de vieillir, mais d’une décision prise par respect pour sa propre parole et pour la qualité de la musique. Cette fin lui apparaît à la fois douce-amère et satisfaisante, persuadé que Megadeth s’arrête avec un grand disque et quitte la scène en étant au meilleur de sa forme artistique.
Un lien direct avec les fans, sans cacher les coups durs
Interrogé sur d’éventuels autres moments de doute, Mustaine explique ne pas avoir envisagé sérieusement d’arrêter en dehors de ses épisodes de blessure déjà connus du public. Il souligne qu’il a toujours tenu ses fans informés de ce qui se passait pour le groupe, dans la mesure où cela restait possible et sûr. Selon lui, la décision actuelle est née très simplement : un jour, la douleur était là, et la perspective d’un nouveau tour du monde a fait apparaître l’évidence.
« I Don’t Care » : un single comme un grand coup de poing
Parmi les nouveaux titres, le morceau « I Don’t Care » illustre parfaitement le côté frontal et sans filtre de Mustaine. Il y revendique une franchise totale : pour lui, mieux vaut dire directement à quelqu’un qu’on ne se soucie pas de ses plaintes plutôt que de faire semblant d’écouter, puis le critiquer dans son dos. Cette chanson condense cet esprit de provocation assumée et de vérité crue, même si elle choque.
Pas de tournée « nostalgie » : pourquoi les anciens membres ne reviendront pas
Au sujet de la dernière tournée, Mustaine a clairement exclu l’idée de faire revenir systématiquement d’anciens membres pour transformer ces concerts en rétrospective géante. Il juge qu’une telle approche pourrait donner une impression de « spectacle de marionnettes ».
Il évoque plusieurs situations qui rendent cette option peu pertinente : certains anciens musiciens sont décédés, d’autres ne peuvent plus jouer au niveau requis, comme le batteur Chuck Behler. D’autres encore tiennent des propos très négatifs sur lui dans la presse, ce qui ne l’incite guère à les inviter. Il rappelle toutefois qu’il a déjà partagé la scène à l’occasion avec Marty Friedman, et laisse entendre que, si les circonstances et le timing s’y prêtaient, il pourrait réfléchir à la présence ponctuelle d’anciens.
Pour lui, la question centrale reste la pertinence artistique et le temps de scène limité : pourquoi s’imposer des collaborations compliquées lorsqu’il reste si peu de minutes à défendre le nouveau répertoire et à clore dignement l’histoire du groupe ?
Retour aux origines : réinterpréter « Ride the Lightning »
Le dernier album contient un clin d’œil fort au passé, avec une reprise de « Ride the Lightning », issue de la période Metallica de Mustaine. Il décrit le plaisir de replonger dans ce morceau en détaillant qui jouerait quelles parties, et en réécoutant la voix de James Hetfield, très différente de la sienne mais tout autant reconnaissable.
Mustaine considère qu’une reprise doit apporter quelque chose de plus, ou au moins égaler l’original. Conscient du défi posé par un tel titre, il explique que Megadeth a accéléré le morceau, renforcé la fin et ajouté sa propre couleur vocale. Le solo a également été légèrement revisité afin d’éviter la situation paradoxale d’un solo dérivé d’un solo qu’il avait lui-même signé à l’origine. Pour le batteur Dirk Verbeuren, il a demandé de se lâcher sur les fills finaux, en écho à ce que faisait Lars Ulrich sur la version de départ.
Une « renaissance » du metal espérée grâce à cet ultime disque
Au-delà de la dimension d’adieu, Mustaine est convaincu que ce dernier album peut provoquer un sursaut dans la scène metal actuelle. Il affirme l’avoir dit à son propre groupe : il s’attend à ce que ce disque secoue les auditeurs, au point de leur rappeler pourquoi ils aimaient à l’origine ce style de musique.
Les premiers retours semblent aller dans ce sens, selon lui. Plusieurs journalistes et acteurs du monde de la radio lui ont confié qu’ils ne s’étaient plus vraiment penchés sur Megadeth depuis un moment, mais qu’ils avaient été séduits par ce nouvel opus. Mustaine en tire une immense satisfaction, surtout après avoir passé l’essentiel de sa carrière sur la défensive face aux critiques.

Le regard de Mustaine sur la scène metal actuelle
Interrogé sur les nouveaux groupes, le musicien peine à citer des noms précis qui l’auraient marqué. Il explique que ce sont souvent les parties vocales qui le coupent de nombreux projets récents : selon lui, beaucoup de chanteurs adoptent une même manière de hurler ou growler, ce qui rend difficile l’identification d’un groupe à sa simple écoute.
Il souligne pourtant certains points positifs. Il apprécie par exemple le fait qu’un groupe comme Avenged Sevenfold mélange chant mélodique et passages plus extrêmes. À ses yeux, la voix est l’élément qui fait vraiment la grandeur d’un groupe, et le chant « classique » reste très éprouvant à exécuter. Il note également qu’il a vu passer sur la route de nombreuses formations excellentes dans le registre du scream, mais que son attention est particulièrement accroché lorsque les chanteurs introduisent une véritable partie chantée.
Cris, growls et diversité vocale : pas une question de « trop safe »
Mustaine ne reproche pas aux artistes metal de se concentrer sur les screams ou les growls. Il reconnaît même que certaines personnes maîtrisent cet art à un très haut niveau. Il cite le cas d’Arch Enemy, groupe qu’il juge excellent, et explique que l’originalité de la voix d’Alissa White-Gluz, en tant que femme dans ce type de registre, a éveillé son intérêt.
Il affirme accorder une écoute équitable à chaque artiste, en tenant compte de son style et de son univers. Lorsqu’il comprend un genre, il lui est simple de décider s’il aime ou non. Pour les styles qu’il cerne moins, il a besoin de plusieurs écoutes pour détecter ce qui pourrait l’accrocher.
Yungblud, collaborations et volonté de rester centré sur Megadeth
À propos de Yungblud, figure montante saluée par des artistes comme Ozzy Osbourne, Aerosmith ou The Smashing Pumpkins, Mustaine avoue ne pas connaître son travail. On lui rapporte que cet artiste collabore avec de nombreux grands noms et qu’il serait pour certains un relais pour de nouvelles générations de fans de rock et de metal.
Mustaine considère qu’un artiste multipliant les collaborations peut se retrouver à la croisée des styles, au risque que les morceaux finissent par se ressembler d’un projet à l’autre. Interrogé sur une éventuelle envie de travailler avec des jeunes groupes ou musiciens contemporains, il répond qu’à l’heure actuelle, s’il devait collaborer avec quelqu’un, il continuerait simplement à le faire avec Megadeth.
Avatars virtuels, héritage scénique et « cool factor »
Alors que certains groupes emblématiques comme Kiss envisagent de prolonger leur existence sur scène via des avatars numériques, Mustaine se montre prudent. Il a déjà vu des avatars et reconnaît que, lorsqu’ils sont réalisés avec soin, l’expérience peut être amusante, en particulier pour des phénomènes pop mondiaux comme ABBA, pour lesquels le public est prêt à assister à une sorte de spectacle de marionnettes.
Lui-même, toutefois, reste attaché au jeu en live et admet ne pas maîtriser suffisamment cet univers virtuel pour s’y projeter. Sa priorité, pour l’instant, est de préserver l’aura et le « cool factor » que Megadeth a su conserver pendant quatre décennies.
Le dernier album, éponyme, de Megadeth est disponible via BlkIIBlk. Des dates de tournée sont prévues pour accompagner cette sortie.
FAQ
Pourquoi Dave Mustaine a-t-il décidé d’arrêter Megadeth maintenant ?
Il explique avoir pris cette décision lorsque ses problèmes physiques – douleurs aux mains, arthrite, séquelles d’une fracture du cou et d’une paralysie du bras – ont commencé à l’empêcher de jouer à 100 %. Fidèle à sa promesse de s’arrêter lorsqu’il ne pourrait plus assurer son rôle pleinement, il a conclu que ce 17e album devait être le dernier.
En quoi le dernier album de Megadeth est-il particulier ?
Ce disque marque la fin de la carrière du groupe et se présente comme une « salve finale », mêlant riffs thrash puissants, paroles rageuses et moments plus mélancoliques. Il contient aussi une reprise de « Ride the Lightning », qui fait le lien avec les débuts de Mustaine à l’époque Metallica.
Y aura-t-il des anciens membres de Megadeth sur la tournée d’adieu ?
Mustaine a indiqué qu’il ne souhaitait pas transformer la tournée en défilé d’anciens membres. Il mentionne des décès, des musiciens qui ne peuvent plus jouer au même niveau et d’autres avec lesquels les relations se sont dégradées. Même s’il a déjà rejoué avec Marty Friedman, il considère que, vu le temps de scène limité, il n’y a pas de raison valable de multiplier ces retours.
Dave Mustaine envisage-t-il de continuer sous forme d’avatar virtuel comme certains groupes ?
Il reconnaît que les avatars peuvent offrir un spectacle intéressant lorsqu’ils sont bien réalisés, notamment pour des groupes pop très populaires. Cependant, il affirme aimer avant tout jouer en live et dit ne pas maîtriser suffisamment ces technologies. Pour l’instant, son objectif est surtout de préserver l’image et le statut que Megadeth a su garder pendant 40 ans.






