Pochette officielle — Columbia Records
Il aura fallu six mois, dix-sept pays et une quarantaine de salles combles pour en arriver là. Le 3 septembre 2026, Rosalía pose le point final de sa tournée LUX au Coliseo de Puerto Rico, à San Juan. Une dernière date pensée comme un aboutissement, sur une île qui fait le pont entre les États-Unis et l’Amérique latine, et qui referme le chapitre le plus démesuré de la carrière de la chanteuse catalane.
Un disque enregistré avec un orchestre symphonique
Pour comprendre l’ampleur de cette tournée, il faut revenir à sa source. Paru le 7 novembre 2025 chez Columbia Records, LUX est le quatrième album de Rosalía, et sans doute le plus risqué. Après l’électro déglinguée et les reggaetons futuristes de Motomami, la chanteuse a choisi de tout enregistrer avec le London Symphony Orchestra, placé sous la direction du chef islandais Daníel Bjarnason. Cordes, cuivres, chœurs : le disque assume une ambition quasi classique, là où on l’attendait sur le terrain du hit de club.
Le pari n’avait rien d’évident. Passer du sample et de la basse saturée à un ensemble symphonique complet, c’était prendre le risque de perdre le public qui l’avait suivie sur Motomami. Rosalía a fait l’inverse : elle a élargi son auditoire en refusant de se répéter.
Quatorze langues, quatre mouvements
LUX est construit comme une œuvre à tiroirs. Ses dix-huit titres sont répartis en quatre mouvements, à la manière d’une symphonie, et chantés dans quatorze langues différentes — de l’espagnol au catalan, mais aussi en arabe, français, allemand, hébreu, italien, japonais, latin, mandarin, portugais, sicilien et ukrainien. Un vertige linguistique qui raconte une même idée : la transformation, thème central du disque.
Rosalía ne s’y est pas aventurée seule. Le single d’ouverture, « Berghain », réunit deux invités de marque, l’Islandaise Björk et l’Américain Yves Tumor. Ailleurs, on croise le groupe mexicano-américain Yahritza y su Esencia sur « La Perla », la fadiste portugaise Carminho, ou encore les voix flamencas d’Estrella Morente et de Sílvia Pérez Cruz. Une distribution qui dit bien l’intention : faire dialoguer les traditions plutôt que les hiérarchiser.

Des chiffres et une critique au diapason
Rare sont les disques aussi exigeants à rencontrer un tel succès. Le jour de sa sortie, LUX a réuni 42,1 millions d’écoutes sur Spotify, un record pour une artiste hispanophone. Dans la foulée, l’album s’est classé quatrième du Billboard 200 aux États-Unis, premier en Espagne, deuxième en France et en Allemagne. La critique, elle, a parlé d’un des sommets de 2025, saluant presque unanimement la cohérence d’un projet que beaucoup jugeaient casse-gueule sur le papier.
Trois extraits ont rythmé cette ascension : « Berghain » le 27 octobre 2025, « La Perla » début décembre, puis « Sauvignon Blanc » en février 2026. Autant de fenêtres sur un album qui se refuse au tube facile et récompense l’écoute intégrale.
Une tournée pensée comme un rituel
Sur scène, LUX a pris une dimension supplémentaire. Lancée le 16 mars 2026 à Lyon, la tournée a traversé l’Europe, l’Amérique du Sud puis l’Amérique du Nord, avec une mise en scène épurée, presque liturgique, où la voix et l’orchestre priment sur les effets. En bouclant l’aventure à Porto Rico, Rosalía rejoint un geste devenu courant chez les grandes figures de la musique hispanophone : celui de Bad Bunny, qui a lui aussi refermé sa tournée record sur l’île quelques semaines plus tôt.

Reste à savoir ce qui suivra un disque aussi total. Rosalía a habitué son public à ne jamais deux fois emprunter le même chemin. Pour l’heure, elle referme LUX au sommet — et laisse derrière elle l’un des projets les plus ambitieux qu’une artiste pop ait osé mener à ce niveau de reconnaissance.
