Le rappeur américain Kanye West, désormais connu sous le nom de Ye, a choisi une tribune très médiatisée pour revenir sur ses dérives passées. Dans une pleine page du Wall Street Journal parue le 26 janvier, il présente des excuses publiques pour ses déclarations antisémites et détaille la spirale de troubles psychiques qui, selon lui, a bouleversé sa vie récente.

    Une lettre ouverte adressée « à ceux que j’ai blessés »

    Dans ce texte long et personnel, Ye s’adresse directement aux personnes touchées par ses paroles et ses actes. Il affirme avoir traversé un épisode maniaque de quatre mois, marqué par un comportement psychotique, paranoïaque et impulsif, au point de décrire une existence « détruite » et des moments où il ne souhaitait plus « être là ».

    Il explique que ces excès ont contribué à le déconnecter de la réalité et de son « vrai moi », en revenant sur des situations où il a fait souffrir son entourage le plus proche. Ye dit regretter profondément certaines paroles et certains gestes, et reconnaît avoir traité très durement des personnes qui comptent le plus pour lui, au prix de peur, de confusion, d’humiliation et d’un épuisement permanent pour celles et ceux qui tentaient de le suivre.

    Un diagnostic de bipolarité de type 1 et une lésion cérébrale ancienne

    Dans cette page de confession, Ye évoque en détail son diagnostic de trouble bipolaire de type 1. Il rappelle avoir remis en question ce diagnostic l’année précédente, en affirmant alors qu’il s’agissait plutôt, selon lui, d’un cas d’autisme. Il revient désormais sur cette position et met en cause une erreur médicale ancienne.

    Ye rapporte en effet un grave accident de voiture survenu 25 ans plus tôt. Selon lui, ce choc aurait provoqué une atteinte du lobe frontal droit de son cerveau. Il explique que les examens neurologiques effectués à l’époque auraient été incomplets, que l’hypothèse d’une lésion frontale n’aurait pas été envisagée, et que ce n’est qu’en 2023 qu’un diagnostic correct aurait été posé. D’après Ye, ce retard de prise en charge aurait eu des conséquences majeures sur sa santé mentale et sur le diagnostic de sa bipolarité de type 1.

    Une description détaillée du trouble bipolaire

    Dans sa lettre, Ye insiste sur la gravité du trouble bipolaire, qu’il décrit comme un état de maladie mentale permanent, ponctué d’épisodes de crise. Il revient notamment sur la façon dont la phase maniaque agit comme un « système de défense » : selon lui, lorsqu’on est en plein épisode, on est convaincu d’aller bien, de voir le monde plus clairement que les autres, alors même que la réalité échappe totalement.

    Ye souligne aussi la stigmatisation autour de la maladie mentale. Il explique que l’étiquette de « fou » peut donner l’impression qu’on ne peut plus rien apporter de constructif au monde, tandis que l’entourage peut être tenté de minimiser ou de tourner en dérision des symptômes pourtant très sérieux. Il rappelle que, d’après des données citées en provenance de l’Organisation mondiale de la santé et de l’Université de Cambridge, l’espérance de vie des personnes atteintes de trouble bipolaire est en moyenne réduite de dix à quinze ans, avec un taux de mortalité toutes causes confondues multiplié par deux à trois par rapport au reste de la population. Il compare ce niveau de risque à celui de maladies graves comme une pathologie cardiaque sévère, le diabète de type 1, le VIH ou certains cancers.

    Ce qui l’effraie le plus dans ce trouble, explique-t-il, c’est la capacité de la maladie à persuader la personne qu’elle n’a pas besoin d’aide. L’illusion de puissance, de clarté et d’invincibilité masquerait, selon lui, une perte totale de contrôle.

    « J’ai perdu le contact avec la réalité » : retour sur une période de dérive

    Ye reconnaît que son incapacité à affronter ces problèmes a aggravé la situation. Plus il ignorait ce qu’il vivait, plus les dégâts s’accumulaient. Il évoque des périodes au cours desquelles beaucoup de ses actes lui échappent encore, parlant de moments déconnectés qu’il n’arrive pas entièrement à se remémorer. Il décrit ces instants comme des expériences quasi « hors du corps », où le jugement se brouille et où le comportement devient imprévisible.

     

    C’est dans ce contexte qu’il situe ses déclarations antisémites et ses prises de position les plus choquantes. Ye évoque notamment le fait d’avoir cherché délibérément un symbole destructeur, citant la croix gammée, au point d’en faire imprimer sur des T-shirts. Il parle de ces choix comme l’aboutissement de jugements gravement altérés pendant ses épisodes maniaques, tout en soulignant que ces circonstances ne justifient pas ses actes.

    Des propos antisémites et des symboles nazis lourdement condamnés

    Dans sa lettre, Ye se dit « profondément mortifié » par ce qu’il a pu déclarer ou promouvoir durant ces périodes. Il assure qu’il regrette ses actions, qu’il n’est ni nazi ni antisémite, et affirme aimer les personnes juives. Il reconnaît toutefois que son influence est mondiale et qu’il a totalement perdu de vue cet impact lorsqu’il était en proie à la manie.

    Au fil des dernières années, ses déclarations antisémites et l’utilisation de la croix gammée, y compris sur des vêtements, ont suscité une vive réprobation dans le monde du divertissement. En 2022, de nombreuses personnalités du secteur ont publiquement dénoncé ses propos. Ye a par ailleurs été suspendu de la plateforme X/Twitter après avoir diffusé une image représentant une croix gammée à l’intérieur d’une étoile de David, et son compte Instagram a également été verrouillé pour non-respect des règles du réseau social.

    Son comportement a aussi entraîné des conséquences économiques majeures. La marque Adidas a mis fin à son partenariat autour de la ligne Yeezy, tandis que Balenciaga et Gap ont également coupé les ponts avec l’artiste dans la foulée des polémiques.

    Excuses au sein de la communauté noire et reconnaissance de ses responsabilités

    Au-delà de ses excuses envers la communauté juive, Ye consacre une partie de sa lettre à la communauté noire. Il rappelle que cette dernière l’a soutenu aussi bien dans les périodes de succès que dans les moments les plus sombres. Il décrit ce lien comme le socle de son identité et admet leur avoir fait défaut. Il présente des excuses appuyées à cette communauté, qu’il dit aimer profondément.

    Ye reconnaît plus largement qu’en tant que figure influente, chacun de ses mots a une portée mondiale, en particulier au sein de son propre public. Il admet avoir perdu totalement conscience de cette responsabilité lors de sa phase maniaque et dit vouloir désormais s’inscrire dans une démarche d’« responsabilité, de traitement et de changement significatif ».

    Un parcours chaotique ponctué de retours en arrière

    La lettre du Wall Street Journal intervient après plusieurs épisodes contrastés au cours des dernières années. Ye a ainsi organisé en novembre une rencontre avec un rabbin pour présenter des excuses à propos de ses propos antisémites. Il avait aussi formulé des excuses à Jay-Z, semblant revenir sur des paroles vulgaires et insultantes visant les enfants de ce dernier et de Beyoncé.

    Pourtant, ces tentatives de mea culpa avaient été suivies de nouveaux débordements. Au début de l’année précédente, Ye a publié une série de messages très controversés, dans lesquels il annulait ses excuses antérieures à la communauté juive et allait jusqu’à se présenter comme « un nazi ». Peu de temps après avoir écrit sur X/Twitter qu’il avait, « après réflexion », compris qu’il n’était pas nazi, des contenus montrant une nouvelle fois des vêtements ornés de croix gammées sont réapparus sur sa page.

    En 2022, une autre polémique avait éclaté lorsqu’il est apparu avec un T-shirt portant le slogan « White Lives Matter » lors de la Fashion Week de Paris, alimentant encore la controverse autour de ses prises de position publiques.

    Une plongée dans l’épisode maniaque de 2025

    Dans sa lettre d’excuses, Ye détaille plus particulièrement un épisode maniaque survenu début 2025, qu’il décrit comme une phase de quatre mois de comportements psychotiques, paranoïaques et impulsifs ayant « détruit » son existence. Il confie qu’à certains moments, la situation lui paraissait tellement insoutenable qu’il ne souhaitait plus continuer à vivre.

    Il insiste sur le contraste entre les phases d’épisodes et les périodes dites « normales ». Lorsque l’épisode s’apaise, explique-t-il, c’est là que les conséquences des actes posés sous l’emprise de la maladie se font le plus sentir, comme une forme de « descente » où l’on mesure enfin l’ampleur des dégâts.

    Recherche d’aide, Reddit et nouveau régime de soins

    Ye affirme que c’est après avoir « touché le fond » il y a quelques mois que sa femme l’a poussé à chercher une aide réelle. Il raconte avoir trouvé un certain réconfort dans des discussions sur Reddit, en lisant les témoignages d’autres personnes vivant des épisodes maniaques ou dépressifs similaires. À travers ces expériences partagées, il dit avoir compris qu’il n’était pas seul à voir sa vie s’effondrer régulièrement malgré une prise quotidienne de médicaments et des avis médicaux parfois contradictoires – certains lui ayant assuré qu’il ne souffrait pas de bipolarité mais seulement de « symptômes d’autisme ».

    Ye explique qu’il tente désormais de se stabiliser grâce à un ensemble de mesures combinant médicaments, thérapie, exercice physique et hygiène de vie plus saine. Il parle d’un « nouveau point d’équilibre » et d’un « nouveau centre » qu’il cherche à atteindre, avec l’impression de bénéficier aujourd’hui d’une clarté d’esprit qui lui manquait auparavant.

    Il assure vouloir canaliser son énergie dans des projets artistiques positifs, qu’il s’agisse de musique, de vêtements, de design ou d’autres idées destinées, selon lui, à « aider le monde ».

    Une demande de patience plus que de compassion

    En conclusion de sa lettre, Ye précise qu’il ne réclame pas de sympathie ni d’indulgence automatique. Il dit aspirer à mériter le pardon, tout en demandant surtout de la patience et de la compréhension pendant qu’il essaie de « rentrer à la maison », comme il le formule, en signant « Avec amour, Ye ».

    Ce nouveau message intervient dans un climat encore tendu autour de son image, alors que les répercussions de ses paroles et de ses actes se manifestent toujours dans l’espace public. Récemment, les propriétaires d’une boîte de nuit de Miami ont par exemple présenté des excuses après avoir diffusé le morceau « Heil Hitler » de Ye lors d’un événement rassemblant des influenceurs d’extrême droite.

    FAQ

    Pourquoi Ye (Kanye West) a-t-il publié une annonce dans le Wall Street Journal ?

    Ye a choisi une pleine page du Wall Street Journal pour présenter des excuses publiques à « ceux qu’il a blessés », en particulier pour ses propos antisémites. Il y détaille ses regrets, reconnaît l’ampleur des dégâts causés par ses paroles et ses actes, et explique le rôle joué par un épisode maniaque prolongé et par ses troubles de santé mentale.

    Que dit Ye à propos de son trouble bipolaire de type 1 ?

    Il explique avoir été diagnostiqué bipolaire de type 1, après avoir un temps remis en cause ce diagnostic en parlant plutôt d’autisme. Dans sa lettre, il décrit la bipolarité comme une maladie grave, avec des épisodes maniaques durant lesquels on se croit en parfaite santé, alors qu’on perd le contrôle de la réalité. Il cite des données indiquant une espérance de vie réduite de dix à quinze ans et un risque de mortalité deux à trois fois supérieur à celui de la population générale.

    Comment Ye justifie-t-il ses propos antisémites et l’usage de symboles nazis ?

    Ye ne cherche pas à justifier ses actes mais les replace dans le contexte de ses épisodes maniaques. Il explique s’être tourné vers des symboles extrêmement destructeurs, comme la croix gammée, allant jusqu’à les imprimer sur des T-shirts, et parle de ces moments comme de périodes de jugement gravement altéré. Il insiste sur le fait que son état ne constitue pas une excuse, affirme regretter profondément ses actions, se dit « mortifié » et assure qu’il n’est ni nazi ni antisémite.

    Quelles conséquences ses propos ont-ils eu sur sa carrière et son image publique ?

    Les propos antisémites de Ye et l’utilisation de symboles nazis ont entraîné une vaste condamnation dans le monde du divertissement, des suspensions de ses comptes sur X/Twitter et Instagram, ainsi que la rupture de collaborations majeures avec Adidas (ligne Yeezy), Balenciaga et Gap. Sa réputation publique a été fortement entachée, et ses sorties controversées continuent de susciter des réactions, comme l’a montré récemment la polémique autour de la diffusion de son morceau « Heil Hitler » dans un club de Miami.

    Simon JANVIER

    J'aime la musique, toutes les musiques. Je profite donc de mes interventions sur ce blog pour partager avec vous l'histoire de titres qui m'ont marqué. Mes critères de choix sont l'émotion, la singularité ou les conditions particulières de l'enregistrement.