Quatre ans après « Gemini Rights », Steve Lacy publie « Oh yeah? », un troisième album de dix titres où il convoque SZA et Erykah Badu. Un disque plus feutré, salué par la critique, qui confirme le statut du Californien parmi les voix les plus singulières de la soul moderne.
Le retour attendu d’un franc-tireur de la soul moderne
Guitariste, chanteur et producteur, Steve Lacy s’est d’abord fait un nom au sein du collectif californien The Internet avant de devenir, presque malgré lui, l’une des figures de la nouvelle soul américaine. En 2022, « Gemini Rights » et son single « Bad Habit » — propulsé en tête des ventes aux États-Unis grâce à un refrain devenu virale sur les réseaux — le font passer du statut d’artiste culte à celui de phénomène mondial, jusqu’à décrocher un Grammy. Depuis, silence radio ou presque. « Oh yeah? », paru le 17 juillet chez RCA, referme cette parenthèse de quatre ans et relance la machine.

SZA et Erykah Badu au générique
Là où « Gemini Rights » reposait presque entièrement sur les épaules de son auteur, « Oh yeah? » s’ouvre à quelques invités triés sur le volet. Et pas des moindres : SZA pose sa voix sur « Is It Cool? », tandis qu’Erykah Badu, matriarche de la néo-soul, illumine « Pure Colour ». La chanteuse Cecile Believe complète le tableau sur « Lovesexdrugbomb ». En reliant ainsi une icône des années 2000 et l’une des superstars R&B de sa génération, Steve Lacy inscrit noir sur blanc sa filiation.
- SZA — sur « Is It Cool? », duo dont l’alchimie a été particulièrement remarquée.
- Erykah Badu — sur « Pure Colour », caution néo-soul et passage de témoin symbolique.
- Cecile Believe — sur « Lovesexdrugbomb », touche plus expérimentale.
Fidèle à sa réputation d’artisan, Lacy a coproduit l’ensemble, entouré notamment de Matt Martians (compagnon de route de The Internet), Michael Uzowuru et Marius de Vries. Dix titres, moins de quarante minutes : un format ramassé qui tranche avec l’inflation des tracklists actuelles.
Un disque plus feutré, entre spleen et ironie
Musicalement, « Oh yeah? » avance à découvert sur un terrain mouvant : rock alternatif, breakbeat, trip-hop et soul s’y télescopent, mais dans un registre plus intime et moins immédiat que le précédent album. On y parle d’amour et de sa plausibilité, d’identité queer, d’héritage philippin et des vertiges de la vie sentimentale à l’ère des applications. Le tout avec cette manière très personnelle de basculer de la sincérité la plus nue à l’autodérision — jusque dans le titre, ce « Oh yeah? » suspendu entre l’affirmation et le doute. Détail signé d’une certaine ambition esthétique : la pochette a été photographiée par le cinéaste Gus Van Sant.

Une tracklist resserrée
« Oh yeah? » se déploie sur dix morceaux, dont un long final de plus de neuf minutes qui fait office de pièce maîtresse.
| N° | Titre | Invité·e |
|---|---|---|
| 1 | Oh Yeah? | — |
| 2 | Is It Cool? | SZA |
| 3 | The Feeling | — |
| 4 | Pure Colour | Erykah Badu |
| 5 | Show You Me | — |
| 6 | Doom | — |
| 7 | Nothing | — |
| 8 | Lovesexdrugbomb | Cecile Believe |
| 9 | Nice Shoes / In Your World | — |
| 10 | Bebe | — |
Un accueil critique très favorable
À sa sortie, l’album a rapidement fait l’unanimité chez les observateurs anglophones, qui saluent un Steve Lacy plus adulte, capable de resserrer son propos sans rien perdre de son étrangeté. Les premières singles — « The Feeling », dévoilé en juin, puis « Is It Cool? » avec SZA — avaient déjà installé le climat : mélancolie diffuse, production organique, refrains qui se refusent à la facilité. Le morceau-fleuve « Nice Shoes / In Your World », en particulier, cristallise cette envie de prendre son temps là où l’industrie pousse au format court.

Ce que cette sortie change
Avec « Oh yeah? », Steve Lacy confirme qu’il n’a pas l’intention de rejouer indéfiniment la partition virale qui l’a rendu célèbre. En misant sur des collaborations prestigieuses plutôt que sur des featurings taillés pour les playlists, il choisit la cohérence artistique — un pari qui pourrait bien peser lourd au moment des bilans de fin d’année. L’album vient nourrir un été 2026 déjà dense côté pop et R&B, entre le deuxième disque de Tyla, le « Petal » attendu d’Ariana Grande et le troisième opus de Gracie Abrams. Dans ce flot de sorties, la discrétion revendiquée de Steve Lacy a quelque chose de rafraîchissant.







